Échanges-Le blog de François Bocquet
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Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Est-il encore possible d'être heureux en France aujourd'hui ? [publié le 30 novembre 2015]

A priori la douce France a plus d'un atout dans sa poche. Son climat tempéré, son abondance en eau et en terres fertiles, la diversité de ses paysages, sa localisation en entonnoir à l'extrême ouest de l'Eurasie et, plus que tout, sa localisation au centre de l'Europe et du Monde en font l'enfant chéri de la géographie. Si un extra-terrestre ne disposait que d'un Atlas pour choisir son lieu de résidence sur notre planète, il y a bien des chances qu'il choisirait notre pays. Si les pays du monde étaient les maisons d'un village, ce serait celle-ci qu'il faudrait habiter.

Cependant bien des français ne sont pas aujourd'hui satisfaits de leurs sorts. Selon eux la vie est de plus en plus chère, l'industrie expatriée, les valeurs en déclin. Beaucoup parlent de décadence mais peut sont prêts à renoncer à la surabondance d'avantages sociaux qui précipitent précisément cette décadence. Les visages sourient peu dans les rues. Les rires sont devenus rares. La tristesse souvent semble régner chez les retraités ou chez les écoliers, dans les familles ou dans les entreprises.

Un petit voyage autour du monde révèle qu'avec moins de privilèges géographiques bien des peuples paraissent moins malheureux de leur situation. Les Japonais par exemple semblent s'épanouir beaucoup plus au travail. L'âge de la rentraite une fois atteint, ils continuent souvent à travailler, quitte à changer de profession pour devenir par exemple chauffeurs de taxis. Le travail n'est pas pour eux une corvée épouvantable dont il faille raccourcir la durée à tout prix : il est au contraire une raison de vivre, une source d'équilibre, une occasion faire des rencontres ou d'avoir des échanges dans la vraie vie. Les enfants canadiens ne détestent pas l'école. A vrai dire celle-ci semble conçue pour eux, centrée sur eux, à leur service. Toutes les occasions y sont bonnes pour y pratiquer des sports de plein air. Les maîtres n'y sont pas des maîtres mais des éducateurs préoccupés de l'épanouissement personnel de l'enfant plus que de son formatage culturel et idéologique. Dans les familles orientales, que ce soit au proche, au moyen ou en extrême orient, on trouve souvent du bonheur d'être ensemble, du besoin d'être ensemble, de partager une pièce, un repas, un projet. Souvent la famille et le travail s'y confondent et se prolongent mutuellement, naturellement, parfois harmonieusement.

Il n'est donc pas illégitime de se poser une étrange question : pourquoi, en France (et peut être en Europe) cette culture du « mauvais quart d'heure à passer » ? Pourquoi le travail est-il perçu si fréquemment comme une corvée professionnelle, la scolarité comme une interminable galère, la famille comme une prison dont il s'agit de s'évader en urgence ? Pourquoi faut-il nécessairement aujourd'hui pour être heureux demain, c'est-à-dire jamais. Pourquoi le discours du Bonheur à l'école, en entreprise, dans la famille a-t-il des sonorités bizounours,  naïves, décalées, pour ne pas dire obscènes ?

Cette culture du « mauvais quart d'heure » à passer aujourd'hui pour que demain soit plus rose (c'est-à-dire moins gris) présente pourtant plus d'un inconvénient fâcheux : démotivations dans les entreprises ; culture du service minimum dans les lieux publics comme les administrations, aéroports, gares, cafés, restaurants ou magasins de chaînes ; culte du « temps libre » et de l'oisiveté improductive, mythe de la retraite (perçue comme l'aboutissement d'une vie) ou d'un temps sabbatique subventionné grassement par les Assedic, réticence à s'engager durablement dans une vie d'entreprise ou de famille, disparition progressive de la notion de loyauté. En vérité, en se refusant le droit d'être heureux aujourd'hui, ici même au profit d'un demain indéfiniment reporté à de mystérieux après-demain, il est possible que nos concitoyens contemporains précipitent la décadence qu'ils espèrent précisément éviter. S'ils ne s'enrichissent guère ainsi, la civilisation occidentale toute entière s'appauvrit. Sans loyauté confiante, sans engagement joyeux, sans bonheur proactif au travail, à l'école, en famille, notre civilisation n'a plus aucun avenir historique, toute choyée qu'elle soit par la Géographie.

Il devient donc urgent d'analyser les causes du paradoxe et de comprendre pourquoi notre culture s'obstine à vouloir nous faire passer un sale quart d'heure qu'on soit au magasin, dans les transports en commun, en salle de classe, en séminaire de formation, au guichet d'un commissariat ou d'une préfecture, à la terrasse d'un café ou en réunion professionnelle. Pourquoi sacrifier aujourd'hui à demain si demain à son tour se devra sacrifier à après-demain dans un karma sans fin ?

Un des mécanismes en action réside peut-être dans notre manie de la compression. La France est on le sait, depuis longtemps championne du monde de la productivité économique. Seuls les norvégiens font mieux que nous, mais eux ils ont l'excuse d'avoir énormément de pétrole. Cette course frénétique à la productivité explique par exemple que dans nos magasins, nos restaurants, nos gares ou nos entreprises, il y a toujours très peu de salariés souvent débordés, stressés et par conséquent peu aimables. Dès qu'on quitte l'Europe, c'est flagrant : on entre dans un hôtel, un aéroport ou n'importe quel lieux public, on trouve immédiatement un personnel considérable soucieux des services et de fournir par conséquent de la qualité de services. La culture hexagonale de la productivité est obtenu au prix d'une compression remarquable du personnel, justifiée peut être par des charges sociales importantes et des risques sociaux considérables pour les employeurs. Cette compression du personnel est renforcée par une compression évidente du temps : « Il faut faire vite », « Je suis pressé », « Je n'ai pas le temps » etc. ainsi que par une compression non moins évidente de l'espace : déjeunez ce mdi dans n'importe quel bistrot parisien et vous comprendrez vite. Dès qu'on sort de nos frontières on a une sensation bizarre de décompression et ceci même dans des pays moins densément peuplé que le nôtre. On est moins bousculé à Tokyo ou à Rome qu'à Paris avec une densité de population pourtant trois fois plus forte dans le pays. Tout se passe comme si nous étions les victimes d'une certaine « culture de la compression ».

L'inventaire des solutions est évidemment infini. On peut citer, pêle-mêle la délocalisation en province et si possible dans les campagnes de nos administrations, la délégislation de masse et l'abrogation automatique des lois, décrets ou règlements au bout d'un an (sauf si bien sûr ils prouvent un intérêt majeur), l'abandon progressifs des structures et statuts hiérarchiques (qui de servent plus à grand-chose en face d'un internet universel), le recentrage de l'école et de la formation professionnelle sur la personne de l'élève ou de l'étudiant, l'amaigrissement de l'état au profit des communautés locales ou au contraire d'une confédération internationale, le développement des associations rentables en alternative associations subventionnées d'une part, aux actionnaires du CAC 40 d'un autre. On peut rêver aussi d'une idéologie alternative à celles de la productivité maximale et de l'individualisme forcené. On peut imaginer une sorte de « néoconfucianisme » qui revaloriserait la subordination (et même le sacrifice) de l'individu à ses communautés d'appartenance, le calme (et même la modération), le travail (et même le dépassement de soi dans le travail).

Le bonheur ne se trouve peut-être pas dans la satisfaction immédiate et aussi productive que ce soit de toutes ses envies, même si le CAC 40 à lui beaucoup à y gagner. Il ne se trouve peut-être pas non plus dans l'obsession sécuritaire que l'appareil d'état s'obstine à nous apporter, peut-être parce que sinon, il pourrait paraître... inutile ?

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