Échanges-Le blog de François Bocquet
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Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

L'accueil fait au "caractère" à travers le monde [publié le 18 juillet 2016]

Depuis plus de vingt ans que je parle de leurs caractères à tous les gens que je rencontre (enfin, presque...) j'ai éveillé bien des résistances en Europe, en Amérique ou en Asie. Pourtant ces levées de bouclier ne sont pas du tout de même nature. Les asiatiques réagissent par l'incompréhension : ils ne conçoivent pas très bien que l'individu puisse seulement exister en dehors des rôles qui lui sont assignés à l'intérieur de sa famille ou de son entreprise. Les américains à l'inverse voient le caractère comme une limitation inutile, pour ne pas dire scandaleuse, aux potentialités de l'individu : à les entendre, chacun pourrait  épouser n'importe quelle existence à condition d'avoir suffisamment de « niaque » ou de « pensées positives ». Quant aux européens, ils sont, comme de coutume, heurtés par des questions de principes. Ils sont choqués par l'injustice d'une théorie qui semble remettre en cause l' « Egalité des chances », les « Droits de l'homme » etc. (avec toujours des majuscules). Ils considèrent également avec méfiance, même si ça peut sembler paradoxal, cette espèce d'invitation à « faire du hors-piste » loin des « filières classiques » organisées par l'état ou proposées par les médias. Ils semblent paniqués par les incertitudes pratiques d'une « liberté » de laquelle ils se réclament cependant en théorie.

Nous allons voir que la diversité de cet accueil révèle les fondements secrets de trois systèmes culturels foncièrement différents.

Aux deux extrêmes du monde, deux cultures offrent aujourd'hui un modèle social à peu près cohérent : l'Amérique du Nord où prime l'individu et l'Extrême Orient où la collectivité prédomine.

La fourmilière nippone, indienne ou chinoise affirme avec vigueur sa cohésion dans un système où les individus subliment, se subordonnent et bien souvent se sacrifient à ce qui les dépassent. Le « dharma » japonais se rapproche de la « voie unique » des taoïstes ou des bouddhistes. Confucius pense que l'ordre social prime sur les caprices imprévisibles des personnes. Il n'y a qu'à se laisser porter pourvu qu'on entre dans le plan et qu'on intègre le cycle immuable des choses. Le long terme prédomine sur le court ; l'englobant sur l'englobé. Un Extrême Orient surpeuplé au regard de ses ressources naturelles ne saurait s'accommoder d'un excès de fantaisies individuelles.

A l'inverse l'Amérique du Nord, dont les ressources géographiques sont bien plus importantes au regard de la démographie, présente l'accomplissement individuel (personnal achievement) comme une finalité ultime. Cet accomplissement va de pair avec le culte de l'autonomie. Robinson Crusoé se débrouille très correctement dans la solitude avancée de son île. Siegfried, parfaitement isolé, semble parfaitement heureux dans les murmures de la forêt wagnérienne. Comme les sept nains de Blanche Neige les dieux de l'Olympe avaient une individualité très marquée soucieuse, des sentiments personnels impérieux, une affirmation sans complexe de leur différence.

Au centre de ces extrêmes, l'Europe, et plus singulièrement la France, ont toujours, semble-t-il, eu du mal à choisir.

Officiellement, nous sommes dans le berceau de l' « Humanisme » et des « Droits de l'homme » (avec une majuscule svp). Officiellement, Dieu n'existe pas puisque tout est permis au citoyen d'une démocratie laïque pourvu qu'il en respecte les lois.

En pratique, c'est un peu plus compliqué. Dans la littérature ou le cinéma européen du premier 21ième siècle, les personnages semblent plus avides de certitudes rassurantes que d'aventures exaltantes, d'intimité complexe ou d'atmosphères subtiles que de challenges planétaires. Et si les dieux se trouvent fréquent de moins en moins les églises où les temples, ils continuent à peupler le quotidien : le président de la république, le professeur, le patron, le journaliste qui officie à la télévision pendant la grand-messe du journal de 20 heures, le maire, le juge d'instruction ou le tout puissant « médecin traitant » continuent à faire la pluie et le beau temps avec la complicité plus ou moins ambigüe de leurs victimes qui grognent mais obtempèrent.

Cette habitude n'est pas vraiment neuve : elle date de l'Empereur Auguste qui était officiellement un « Dieu vivant » il y a de cela plus de vingt siècles. L'Histoire de France, comme celle de l'Egypte, fut par exemple une longue succession de monarques de « droit divin » auxquels on coupe quelquefois la tête avec le soutien actif de l'Eglise, qui elle aussi est construite comme une pyramide. A  travers le Catholicisme, c'est la structure de l'Empire romain qui continue toujours. Tsar en russe signifie César. Napoléon appelle son fils le « Roi de Rome » et Hitler veut construire pour mille ans un troisième Reich (après le second, celui de Charlemagne et le premier, celui de Rome).

Centrée autour du Pape ou de l'Empereur, l'histoire européenne est quelquefois ensanglantée par l'hérésie réprimée sans pitié. Mais qu'est-ce que l'hérésie arienne, cathare sinon une tentative désespérée pour rendre l'individu à son destin ? Quel est le vrai débat social qui sous-tend le concile de Nicée voulu par Constantin en 325 sur la question de la consubstantialité du Père et du Fils ? La vraie question n'est-elle pas celle d'un modèle de société compatible avec la liberté de l'individu ? Car si le fils, fait homme, n'existe pas vraiment indépendamment de son père qui l'incorpore et dont il partage l'étoffe divine, comment chacun de nous pourrait-il prétendre exister indépendamment de la tutelle de l'Etat ou de l'Eglise (ou ce qui la remplace aujourd'hui, le conglomérat journalistes - enseignants - hauts fonctionnaires) ? Qu'est-ce que l'hérésie protestante, que ne pouvait sentir « le Roi Soleil », sinon, au-delà de la tentative d'intrusion du libéralisme anglo-saxon en France, une volonté désespérée d'échapper à l'étouffement de la logique pyramidale ?  

L'automobile, le téléphone, la mondialisation polycentrique ont déjà mis du plomb dans l'aile du modèle hiérarchique, même si on a pu croire un temps, au XXème siècle, que la télévision et sa confiscation par le pouvoir central allait rouvrir la porte aux dictateurs (comme c'est encore souvent le cas en Amérique du Sud ou en Afrique). La véritable fin du système des castes en Europe, c'est cependant pour aujourd'hui avec le débarquement du Web 2, de Facebook et des réseaux sociaux. Le jour où il n'y aura plus de centres ni de Hub (« tous les chemins mènent à Rome »), l'empire romain et l'église catholique (sa version « intériorisée ») auront définitivement cessé d'exister.

En attendant l'Europe souffre de schizophrénie, et plus singulièrement la France. Héritière à la fois de César et de Clovis, la France se veut à la fois impériale et Franque, « Franc » venant d'un mot qui signifie « Homme libre » en... franc. L'Europe procède à la fois du polythéisme grec et de la centralisation romaine. La paix sociale et la cohésion nos « démocraties » européennes exige que les « citoyens » européens se sentent libres et égaux. Le confort des élites dynastiques et le maintien des situations de rentes corporatistes suppose que les consommateurs ne soient libres que d'une seule chose : consommer, les centres commerciaux le samedi après-midi, les bars et les restos le samedi soir, les plages et les autoroutes pendant les « vacances ». La France est un pays paradoxal qui se veut  la fois individualiste et hiérarchique : il est indispensable que les français se croient libres et égaux ; il est indispensable qu'ils ne le soient pas.

On peut bien entendu faire la révolution et décapiter le roi. On est en France, habitué historiquement à ce genre de procédure. Mais cela suffira-t-il ? Les rois sont comme les champignons dans la forêt mouillée d'automne : ils repoussent d'autant plus vite qu'ils sont petits.

Dans ce contexte européen, la revalorisation du caractère au sein de la personnalité se présente comme une hérésie libératrice. Hérétique elle est car, comme les hérésies aryennes, cathares ou protestantes, elle pose que l'individu puisse exister en dehors de la pensée unique, du dharma officiel (celui des prêtres enseignants ou médiatiques) et des autoroutes qui le conduisent le samedi à l'hypermarché puis à l'abrutissement. La logique du caractère conduit de ce point de vue à une certaine forme d'anarchie car elle dispense de faire comme tout le monde. C'est pourtant en ce sens qu'elle rend aux hommes leur liberté à l'intérieur du cadre réaliste de leurs contraintes personnelles.

Entre la liberté et la cohésion sociale, l'Europe hésite encore, la France n'a toujours pas choisi son camps, écartelée qu'elle est entre ses traditions centralisatrices, l'évaporation des frontières et les mutations technologiques qui rendent chacun à lui seul.

D'où peut-être le record mondial des antidépresseurs et les vagues actuelles de suicides dans les grandes entreprises encore hiérarchisées.

triangleQu'en pensez-vous ?ajouter un commentaire
Rédigé par Brand Wagenaar 15 novembre 2010
Tant que l'on pensera, en France "que les avantages sont un droit, et que les efforts pour les avoir sont a faire par d'autres" la Societe française sera en retard sur l'évolution européenne et mondiale.
J'ai participe a l'une de vos formation dans les années 80, j'en garde un très bon souvenir.
Cordiales salutations M. François Bocquet

Brand Wagenaar
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