Échanges-Le blog de François Bocquet
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Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Adieu Verdun [publié le 04 juillet 2016]

A priori la guerre est impossible. Depuis qu'on jongle avec l'atome, la dissuasion nucléaire s'est imposée bien sagement. Les États-Unis et l'URSS n'ont-ils pas réussi à se comprendre entre honnêtes gens pendant plus de quarante ans ? Encore de nos jours, les rencontres entre les dirigeants chinois et américains semblent émaillées de courtoisie raffinée.

Cette situation pourrait pourtant paraître étrange. La Chine et les États-Unis seront bientôt dans la situation idéale pour se livrer une guerre sans merci, ainsi que l'ont été tout au long de l'histoire les deux puissances dominantes, a fortiori quand l'une d'entre elles est en difficultés économiques. La guerre a ceci de merveilleux qu'elle galvanise les énergies, oblige à surmonter les chamailleries internes à la nation, dope la recherche, transforme les futilités de l'économie de marché en une économie planifiée d'une main de fer par un État enfin relégitimé.

Car de quelles autres options disposeront enfin les États-Unis demain ? Laisser filer l'inflation ? Dévaluer massivement le dollar ? Accepter par conséquent de voir flamber les prix et diviser par deux ou quatre leur pouvoir d'achat ? Abandonner l'usage courant de l'automobile et de l'avion ? Raser leurs villes pour les reconstruire entièrement à l'européenne avec un maillage dense de transports en communs ? Troquer leurs pelouses bien tondues, leurs luxueuses villas, leurs jacuzzis chauffés toute l'année contre des logements exigus à énergie positive (et parfois même dépourvus d'ascenseur) ? Il est possible que peu de choses dans leur culture et leur système éducatif les aient préparés à cela.

À une échelle plus large encore, il semble que peu à peu se réunissent toutes les conditions nécessaires et suffisantes à un méga conflit mondial : l'insuffisance des ressources en hydrocarbures, en eau douce, en terre fertile, en air non pollué, en climat agréable ; l'explosion démographique des pays pauvres ; les famines prévisibles et les migrations de masse qu'elles ne vont pas manquer de provoquer.

Mais d'autre part, il semble tout aussi bien que la guerre soit devenue un jeu bien trop dangereux pour être encore joué : une journée bien remplie suffirait à exterminer la totalité de notre espèce (et accessoirement d'un certain nombre d'autres espèces animales ou végétales, même protégées par l'UNESCO).

Alors comment synthétiser l'impossibilité de faire la guerre à la Chine, de laquelle les États-Unis sont vitalement dépendants, et l'obligation pour eux de faire la guerre à la Chine, qui les implique dans une relation de dépendance insupportable ?

Il se pourrait qu'une solution créative résidât dans la réinvention du concept même de guerre.

Pendant longtemps, qui disait guerre induisait des notions napoléoniennes de conflits de frontières, d'armées qui se déplacent avec tout un cortège de chevaux, de canons ou de chars. Plus tard, qui disait guerre induisait des images de tranchées pleines de boue, où de temps en temps des peuples entiers venaient se trucider à la baïonnette, poitrail contre poitrail, toujours pour une frontière. Qui disait guerre au fond induisait nécessairement des notions assez simples de frontières, de nation ou d'armée.

Tout cela appartient désormais au passé.

1/ En premier lieu il est possible, depuis déjà un demi-siècle, de se livrer une guerre par territoires interposés, comme ont su le faire les États-Unis et l'URSS au Viêt Nam. Cette solution présente le gros avantage pour les véritables belligérants, qui se tiennent dans l'ombre, de préserver leur pays et leurs hommes,et de les enrichir au lieu de les appauvrir. On peut ainsi imaginer que le terrain de bataille de la guerre annoncée entre la Chine et les États-Unis se déroulera en terrain musulman. L'Iran offre par exemple un territoire idéal pour le conflit indirect. Il suffirait ainsi aux gouvernements occidentaux (qui le font d'ailleurs déjà très bien) d'appuyer les rebelles au pouvoir central, ceux qui luttent héroïquement pour la démocratie ou le respect de leurs droits de l'homme(c'est-à-dire une manière de vivre similaire à la nôtre) tandis que le gouvernement chinois, adepte d'une économie administrée, appuiera de son côté le pouvoir central iranien pour maintenir la cohésion sociale, qui, depuis Confucius, a toujours prévalu dans toute l'Asie sur les caprices et les droits de l'individu. Il est probable qu'à terme, dans une configuration de ce genre, la Chine l'emportera puisque pour des raisons démographiques, géographiques, écologiques et culturelles profondes, l'Asie ne pourra jamais s'offrir le mode de consommation irresponsable et chaotique dont l'Amérique du Nord a pris l'habitude, par exception, depuis un siècle seulement.

2/ On peut aussi imaginer des guerres sans violence physique (donc sans armée) sur des territoires immatériels (déconnectés d'une frontière ou d'une nation précise). Une guerre des monnaies peut être ainsi imaginée qui se fixerait pour but de ruiner un adversaire en exportant de la déflation (c'est déjà le cas aujourd'hui avec le yuan). Une cyber-invasion pourrait être également conçue qui se fixerait pour objectif d'anéantir les serveurs informatiques de l'adversaire. La guerre des télécommunications est quant à elle déjà devenue une réalité quotidienne : ce n'est pas par hasard que plusieurs républiques islamiques (Iran, Algérie, Arabie saoudite) surveillent l'usage des paraboles de télévision ou que le gouvernement chinois restreint l'accès à des sites comme Google ou Facebook, qui font un pied de nez à l'orchestration de toute la société par l'État.

3/ Enfin, on peut dès aujourd'hui pratiquer la guerre déconcentrée, omniprésente et perpétuelle, non localisée dans l'espace et non limitée dans le temps, mêlée d'opérations de séduction comme au bon vieux temps de la guerre en dentelles. Pourquoi au lieu d'une bonne vieille empoignade virile et sanglante, ne pas imaginer un package complexe d'opérations surprenantes, atypiques et peut-être même... artistiques, où la destruction de l'adversaire se moquerait des usages et des grilles traditionnelles ? Pourquoi rêver encore d'une guerre conventionnelle, c'est-à-dire conformiste, quand tant de fantaisies sont désormais possibles : guérilla, terrorisme kamikaze, bombe anale, empoisonnements à distance d'un homme-clef, destruction d'un véhicule présidentiel depuis un faisceau laser installé sur un satellite, invasion d'un palais présidentiel par des drones suffisamment petits pour passer par le trou d'une serrure, assassins habillés de graphène invisible, contamination radioactive ou bactériologique d'une capitale, détournement des réseaux de communication vers des leurres au réalisme saisissant, corruption limitée (afin de rester discrète) d'un serveur stratégique par un virus excessivement discret, prise de contrôle à distance de l'ordinateur d'un chef d'État ?

On peut risquer alors l'analogie avec les métamorphoses de l'art moderne. Alors qu'autrefois chaque peintre ou chaque musicien devait s'inscrire dans un modèle prédéfini (le portrait ou la nature morte, la symphonie ou le menuet), chaque artiste crée demain un genre qui lui est propre, avec des lois qui lui sont propres, avant que d'y couler sa création.

La guerre suivra peut-être la même évolution. Tant qu'il y aura des hommes, il y aura des conflits car le conflit est dans la nature de l'homme, a fortiori quand le rapport démographie/ressources devient défavorable. Mais le conflit ne sera plus militaire : il sera économique, financier, technologique ou culturel. Il n'aura plus besoin pour s'exercer de capitaines en uniformes. Il se réinventera en permanence dans ses formes en fonction de ses objectifs spécifiques. Il fera passer l'obligation de résultat avant l'obligation de moyens : la guerre, comme le marketing ou la religion, deviendra un art moderne comme les autres, une métamorphose incessante.

Le stratège virtuose pourra parfois, comme Picasso, aller jusqu'à réinventer sa propre manière chaque jour et chaque jour se reposer la question "Qu'est-ce au fond que la guerre ?" comme l'artiste s'interroge sur "Qu'est-ce au fond que l'art ?". La guerre, réinventée et redéfinie comme la destruction partielle et créative de l'adversaire ou plus exactement d'une menace réelle bien ciblée, sera alors devenue un art à part entière.

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