Échanges-Le blog de François Bocquet
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La fin des hiérarchies
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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Le temps de la singularité [publié le 17 octobre 2016]

Nous vivons dans un monde de plus en plus compliqué et ce n’est pas par hasard. La fameuse loi de Moore n’a pas fini sa course, cette loi qui postulait que tous les dix huit mois la puissance de calcul des ordinateurs doublerait. Tous les 3 ans, elle quadruple. Tous les dix ans la puissance de calcul de tous les ordinateurs est multipliée par près de 100. Et si ce miracle donne à chacun 100 fois plus de puissance de calcul, il oblige également chacun à vivre dans un monde 100 fois plus compliqué, un monde sans règle et sans point de repère puisque les processeurs ont maintenant les moyens de traiter au cas par cas chaque exception singulière. Le processeur de l’iPhone 6 contient par exemple plus de puissance de calcul que la totalité des ordinateurs du monde en 1950 et le nombre de datas stockées dans le monde entier fait plus que doubler chaque année. L’’ordinateur le plus puissant du monde flirte aujourd’hui avec l’ExaFlop ce qui signifie qu’il peut traiter un milliard de milliards d’opération par seconde et ce qui lui permet par exemple de simuler un être humain dans sa complexité moléculaire et donc d’anticiper ses réactions en termes médicaux, marketing ou en situation d’apprentissage. Rien d’étonnant à ce que le monde soit devenu incompréhensible à la majorité des hommes et que les choses ne sont pas faites pour s’améliorer. Contrairement à l’Empire Romain qui n’a pas survécu au poids de sa complexité croissante, le monde contemporain a les moyens technologiques de perpétuer et même d’accroître encore son hypercomplexité.

L’avènement de l’internet 3.0 dit « Internet des objets » va permettre à chaque objet d’être traité de manière unique dans ses relations uniques avec les autres objets uniques. Les procédures et les séries cèdent le pas au cas par cas. Les imprimantes 3D vont permettre à chaque individu de produire à la demande autant d’objets uniques qu’il pourra le souhaiter : un meuble, un instrument de musique, les pièces détachées d’une maison ou d’un véhicule, un livre, une sculpture, un prothèse, un organe. Pourquoi ne pas en profiter pour se constituer à vingt ans une sauvegarde saine de chacun de ses organes afin de pouvoir le jour venu les réimprimer pour remplacer ses organes usés ? Pourquoi ne pas en profiter pour envoyer sous forme de pièces jointes les fichiers de sa personne toute entière dans un autre pays ou sur une autre planète afin de voyager à la vitesse de la lumière et de se soustraire aux caprices du temps qui passe. Qu’est ce qui peut bien interdire au fichier compressé de votre ADN de voyager pendant quelques milliers d’années sous forme de signal numérique avant d’être réincarné par une imprimante 3D sur une exo-planète ?

L’hyper-calcul permet l’hyper-complexe qui implique l’hyper-singulier. Dans le monde qui s’annonce la production de masse va disparaître au profit de la production d’objets uniques, comme c’est déjà le cas chez Dell, Apple ou BMW qui vendent des ordinateurs, des montres ou des voitures uniques. La consommation de masse cède le pas à des spectacles sans lendemain, des ventes éphémères. Le succès commercial de Zara réside par exemple dans la capacité ses magasins à renouveler deux fois par mois leur collection. La communication de masse est également en train de disparaître au profit de messages complètement personnalisés : Amazon et Google sont ainsi passés maîtres dans l’art de faire parvenir un message publicitaire unique au bon moment à un interlocuteur parfaitement ciblé et géolocalisé. Depuis le Web 2.0 et l’explosion des réseaux sociaux chaque individu tend même à devenir un média en lui-même avec ses « Like » et sa chaîne YouTube. La médecine à la carte remplace progressivement la médecine industrielle associée à la production massive de médicaments en série. La formation individualisée prend la place des usines à enseigner ou à former à partir de programmes édictés par des états socio-totalitaires hautement centralisés. Les masses de prolétaires régis par un droit du travail systématique sont peu à peu balayés par une généralisation du statut de travailleur indépendant, comme c’est par exemple le cas en Californie où déjà plus de 90% des professionnels se sont adaptés à la nouvelle économie de la fluidité. Nous entrons clairement dans un monde de la singularité où chaque individu devient en soi un marché, un producteur, un produit, un média, un message.

Dans ce monde où l’exception devient la norme et le cas particulier le cas général, chaque individu devient à lui tout seul un monde. Mais ce monde est lui même constitué de monde enchevêtrés car l’identité devient plurielle. Le même individu peut se définir à la fois comme Gay, Juif, Parisien d’origine polonaise, militant socialiste, neurochirurgien, père attentif et passionné de moto. Nous entrons dans un monde sans intermédiaires où les singularités individuelles s'entrechoquent front contre front. Mais chaque singularité est elle même désormais multiple et fragmentée à la façon d’une mosaïque. Nous sommes aujourd’hui destinés à une singularité doublement angoissante. Non seulement uniques et sans reflet parfait quand un miroir serait si rassurant, si apaisant. Mais également complexes au point de ne plus trop savoir quel est ce « qui nous sommes » sur qui tout est censé désormais reposer. Nous sommes aujourd’hui destinés à une sorte de "singularité subjective" qui nous demande de reconstruire, jour après jour, une légende extérieure intelligible alors que nous ne avons de plus en plus de mal à nous y retrouver dans ce que nous sommes. Cette fuite en avant conduit elle quelque part ? La singularité, comme l’alcool, grise plus qu’elle ne désaltère.

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