Échanges-Le blog de François Bocquet
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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Le malaise des intermédiaires [publié le 29 février 2016]

Ce qui complique un peu les choses c’est que depuis peu il devient possible de fonctionner avec moins d’encadrement. Les technologies de connectivité alliées à celles de la mobilité permettent de déléguer partiellement toutes les routines administratives à un système informatique de plus en plus auto-évolutif. Du coup chez les cadres aujourd’hui un malaise : vont-ils être obligés prochainement à créer de la valeur ajoutée comme les autres collaborateurs : les techniciens, les commerciaux, les visionnaires et tous ces rigolos qu’ils regardaient jusque là avec dédain ? Comme une entreprise sans cadre administratif, c’est aujourd’hui possible, la lutte entre les leaders et les managers prend des allures de crépuscule des dieux, avec bien sûr les managers dans le rôles des dieux. Les voici aujourd’hui montrés du doigt comme des monstres d’un autre âge, des dinosaures en sursis, des petits caïds ridicules.

Dans un monde désormais sans intermédiaire, il n’est pas bon d’être un intermédiaire et tous les intermédiaires d’aujourd’hui ont du souci à se faire. Uber menace les taxis, AirB&B les hôtels, aux USA l’automédication taille des croupières aux médecins, l’auto-formation sur iTunes ou sur un MOOCS est de plus en plus à la portée de tous, les prêtres ne servent plus à grand chose quand les spiritualités affranchies permettent à chacun de méditer à son rythme. A quoi bon rémunérer un petit commerçant ou un grossiste quand il est si facile de télécharger un livre ou se faire livrer un colis par un drone ou une cigogne de chez Amazon. A quoi bon consacrer 57% du PNB de la France à entretenir une armée de fonctionnaires quand les techniques de e-government rôdées au Danemark (qui est éloigné du capitalisme sauvage) pourraient si facilement être importées chez nous ?

Quand le français achète dans une gare une bouteille d’eau qu’il paye 5 euros, il doit savoir qu’1 euro seulement revient aux travailleurs qui se sont chargés pour lui de pomper l’eau pour lui, de la mettre en bouteille, de la transporter, de la stocker et de la lui servir. Un deuxième euro va à un premier intermédiaire : le capitaliste hideux qui détient des actions chez Nestlé et qui gaspille sa retraite dans un Riyad à Marrakech. Un troisième euro tombe on ne sait comment dans l’escarcelle d’un second intermédiaire inutile, un financier fait « travailler » les actions de l’heureux retraité de Marrakech tout en en soutirant une bonne partie par des mécanismes économiques incompréhensibles du commun des mortels tels que l’ « explosion de bulles spéculatives », ce qui lui permet à son tour de profiter de vacances bien méritées à Miami. Un quatrième euro revient en France à un troisième intermédiaire, le bénéficiaire de la redistribution des richesses, celui que les mauvaises langues appellent l’assisté. Ce troisième intermédiaire présente le seul avantage de représenter un très grand nombre d’individus : des enfants, des vieillards, des préretraités, des chômeurs, des malades, des invalides, des incapables, des paresseux, des philosophes et des bavards. Comme nous sommes en suffrage universel direct ils représentent de très loin la majorité absolue, quel que soit le parti au pouvoir. Il faut bien leur laisser un petit quelque chose. Quand au cinquième euro il est confisqué de manière parfaitement légale par les élus et les agents du Service Public, dont la mission est d’aller retirer un euro dans la poche de celui qui travaille pour la mettre dans celle de celui dont le travail consiste à déposer tous les cinq ans un bulletin dans l’urne, après avoir déposé un cinquième euro dans ses frais de fonctionnement. Exactement comme le travail du second intermédiaire, le financier, consiste à aller retirer deux euros dans la poche du routier ou du commerçant (qui en général n’y comprend pas grand-chose), un pour lui et un pour l’actionnaire du CAC40 sur lequel il se greffe. Pas étonnant que tous ces intermédiaires s’entendent entre eux comme larrons en foire au ni vu ni connu du producteur de richesse qui n’a ni la culture ni le temps de s’intéresser à ces mécanismes opaques. L’opacité est en effet la condition nécessaire du système. D’où une certaine logique française de la complication inutile, celle par exemple de votre déclaration d’impôt ou de votre bulletin de paye. Sans cet écran de fumée, il y aurait sans doute une révolution.

Dans chaque pays il y a des castes, ce qu’on appelle aussi de classes sociales et des mécanismes plus ou moins compliqués pour permettre aux élites de se reproduire entre elles. En France par exemple ce rôle est joué par les Grandes Ecoles et des filtres culturels comme l’orthographe ou la maîtrise de l’américain parlé (tandis que l’anglais scolaire est le signe de reconnaissance des classes inférieures). C’est pour cela que dans la bourgeoisie versaillaise on envoie systématiquement ses rejetons faire uns stage aux US ou suivre une prépa HEC après leur avoir expliqué au sein de la famille une orthographe compliquée jusqu’à l’absurde mais à laquelle on ne saurait déroger. En France la culture, c’est l’exclusion des autres.

Aux USA, la reproduction des élites se fait notamment de deux façons : par la consommation de sucre et par la fréquentation des « bonnes » universités. Tandis que le californien fait son footing le long de la plage de Santa Monica en fréquentant des restaurants végétariens, le plouc obèse du Middle West conduit dans les allées de Wall Mart une voiturette de golf équipée de paniers  qui le conduit direct au rayon du beurre de cacahuète. La jeunesse dorée se retrouve quant à elle sur les campus des universités prestigieuses comme Princeton, Harvard, Standford ou Berkeley. Plus qu’une formation professionnelle bien utile elle vient y chercher un réseau d’alliés pour la vie et souvent un conjoint assorti avec lequel la reproduction sociale sera garantie.

Personne ne sait au juste ce que vont devenir ces élites, lawyers d’un côté de l’Atlantique, hauts fonctionnaires d’un autre. Ils seront sans doute coriaces dans la défense de leurs privilèges. Cela ne les empêchera pas de devenir de plus en en plus inutiles au sein d’un monde nouveau qui fonctionne à la manière d’un cerveau, avec la possibilité pour chacun d’entrer en connexion directe avec tous les producteurs de richesse de la planète.

Le malaise des élites ne peut également que s’accroître avec la possibilité de plus encore plus fréquente pour chacun de devenir autonome dans la satisfaction de ses propres besoins. Les nouvelles technologies qui permettent à chacun de produire l’énergie qu’il consomme et de fabriquer directement les objets dont il a besoin avec une imprimante 3D (mise à disposition gratuite dans un FabLab) et la libre disposition gratuite en ligne de tout le savoir-faire utile. Le développement des technologies de la singularité de l’individu autonome n’est pas de bon augure pour les légions d’intermédiaires dont la situation de rente est fondée sur la séparation des acteurs de la société.

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