Échanges-Le blog de François Bocquet
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La fin des hiérarchies
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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

La dynamique personnelle [publié le 07 septembre 2015]

Les individus singuliers manquent étrangement de lucidité quand il s'agit d'exposer leur propre singularité. Pour faire passer depuis plus de trente ans des questionnaires de personnalité autour de moi, je suis toujours surpris par la confusion que les personnes font  entre ce entre leur vraie personne et leurs différents personnages. Ce que l’on est vraiment s'efface souvent - surtout chez les individus jeunes – devant ce qu’on croit être, ce qu’on veut être ou ce qu’on veut paraître. Le « personnage » est en général très conscient. Il résulte d’un effort d’adaptation de la personne pour mettre en accord son comportement et ses croyances avec son environnement. Peuplé de valeurs et de références il est comme le papier peint qu’on dépose sur le mur : il le masque entièrement et cependant ce n’est pas lui qui porte la maison. La véritable singularité est quelquefois obscure. Il faut parfois une vie pour comprendre qui on est fondamentalement : les besoins permanents, le rapport aux autres, à l’espace et au temps, le rythme naturel, le non négociable. Il est dans le destin de toute personne humaine de devoir enquêter patiemment sur elle-même pour découvrir son propre centre, son équation fondamentale, le Soi irrésistible et mystérieux qui se dissimule dans l’ombre intérieure. La singularité personnelle, comme le grand trou noir dont tout procède au centre des galaxies, aime à se dérober même si elle se plait à punir ou à récompenser sa reconnaissance par des émotions, des sentiments, des actes manqués. La matière noire ne peut pas être regardée au fond des yeux. Elle se détecte par sa force de gravité, par sa capacité à déclencher la joie violente ou à provoquer l’étouffement, mais surtout par son pilotage de la grande courbe de la destinée personnelle.
 
N’en déplaise aux sceptiques, la destinée personnelle existe bel et bien. Mais elle est intérieure. Non pas inscrite au milieu des étoiles, mais dans le noyau ADN de chacune de nos cellules. Elle se traduit par des besoins, des répugnances, une cadence invariables. Certaines personnes ne sont pas du tout faites pour travailler tandis que d’autres aiment tellement les 35 heures qu’elles seraient prêtes à les faire deux fois par semaine sans rémunération, juste par ce qu’il est dans leur nature singulière que de travailler tout le temps. La destinée personnelle explique les comportements aberrants : qu’on se sépare de celui qu’on aime qu’on mette fin à une carrière de rêve. Car la logique du caractère singulier l’emporte à terme sur celle de la collectivité. Surtout à notre époque de liberté technique. L’individu qui ne peut pas vivre selon sa logique naturelle n’a finalement que deux options : la rupture ou la mort intérieure (dépression, suicide, dévitalisation). Bien des histoires d’amour se terminent par l’étouffement d’un des partenaires enterré vivant et bien des emplois salariés abrutissent ceux qui n’ont pas la force de s’y dérober à temps. L’authenticité personnelle est un facteur non négligeable de santé publique.
 
Les choses ne s’arrangent pas en vieillissant. Ce qu’on appelle à tort des habitudes expriment souvent des comportements naturels ancrés dans la biologie moléculaire, la production d’hormone et de neurotransmetteurs. Les individus singuliers cherchent toujours à s’accorder avec leur nature, à fortiori dans la seconde moitié de la vie quand ils commencent à se raconter moins d’histoires. La couleur du poivron peut changer en fonction de la saison, mais il reste toujours un poivron. Du coup, vu de l’extérieur on a l’impression qu’on se caricature en vieillissant. On a parfois aussi l’impression que les jeunes enfants sont des caricatures de leurs parents mais pour des raisons opposées : leur nature incertaine plie facilement sous le poids du regard des autres. Au matin de la vie on reste longtemps un simple produit du regard de ses tuteurs ou de ses maîtres. Au midi de la vie il faut faire sa propre rencontre et enfin se regarder au fond des yeux. L’histoire d’une vie, c’est l’histoire d’une chanson qu’on chante de plus en plus fort. La singularité se dévoile sans complexe avec l’âge et avec la sérénité croissante. En suivant sa nature on la pousse à son point de sublimation. Et c’est pourquoi le plus grand bien que nous pouvons faire aux autres n'est pas de leur communiquer notre richesse mais de leur faire découvrir la leur.
 
Ce qui complique un peu les choses, c’est que tandis qu’on progresse en authenticité, la maturité – qui quelque part est son inverse – progresse au même pas. La maturité, c’est en effet l’art de composer avec les exigences sa singularité naturelle pour mieux faire face aux exigences singulières de la situation, de l’environnement ou de l’écosystème. Si l’individu singulier était un vaisseau nous pourrions dire que l’authenticité définit sa trajectoire tandis que la maturité en représente la navigation, le capitaine qui tient la barre avec doigté en fonction des récifs et des coups de tabac. Tout se passe comme si l’art de vivre consistait à savoir mettre en permanence le curseur au bon endroit, à réajuster le compromis entre le respect de la singularité naturelle et le respect de la situation culturelle. Cette réalité paradoxale s’inscrit dans une contradiction fondamentale : celle d’une nature toujours contrariée mais toujours prête à se réinventer dans une spirale sans fin.

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