Échanges-Le blog de François Bocquet
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Quand l'Emploi cède la place à deS activitéS
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La fin des hiérarchies
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 L'art de perdre son temps et d'en faire perdre aux autres
  Comment gérer le temps éparpillé… du temps présent.
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  L’art de démotiver ses collaborateurs
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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

La construction de soi [publié le 09 septembre 2015]

La singularité statique n’est donc qu’une illusion. La personnalité n’est pas un chiffre mais une équation, un aller-vient sans trêve entre ce que demandent l’extérieur et l’intérieur. Si l’extérieur fascine à court terme, l’intérieur finit par toujours par s’imposer à la manière d’un inconscient subtil mais résolu. Ce duel épuisant s’impose à qui ne satisfait ni du statut de légume en phase avec son entourage ni du statut de vagabond aux mains vides. Il suppose un mouvement permanent de déconstruction-reconstruction. Car c’est en se déconstruisant qu’on se donne une possibilité de se reconstruire. Car le prix à payer pour vivre plusieurs vies est d’accepter de vivre plusieurs morts. L’homme se fait en se défaisant.
 
Ce duel épuisant suppose une bonne capacité à s’exposer aux risques de la vie extérieure. A s’exposer on ne perd jamais vraiment. Soit on gagne. Soit on apprend. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort. A se dérober on prend le risque le plus risqué : celui de passer à côté de sa propre vie. La vie, c'est ce qui nous arrive à l’extérieur tandis qu'on fait des plans à l’intérieur. On ne trouve pas la paix en fuyant la vie. On n’existe que quand on s’expose.
 
Ce duel épuisant suppose une bonne tolérance à l’incertitude. Si le manque d’information se paye d’émotions déstabilisantes, le saut dans l’inconnu se monnaye en expérience et en méthodes. Or rien n’a plus de prix que la connaissance des méthodes, même si les méthodes sont d’ordinaire ce qu’on acquiert en dernier. Les apprentissages les plus importants comme les actions les plus décisives de notre vie sont souvent le produit d’actions irréfléchies.
 
Ce duel épuisant suppose une bonne résilience intérieure à l’échec. L’échec, comme l’intelligence, peut être la pire ou la meilleure des choses selon ce qu’on en fait. Ce qu’il y a d’important avec l’échec, c’est de l’accepter et d’en tirer les conséquences.
 
Mais ce duel épuisant suppose également qu’on ne trahisse pas sa vocation naturelle. Ce qui suppose aussi une certaine résilience à l’impopularité. Quand on déplaît à la plupart, c’est en général qu’on est assez loyal à son gyroscope intérieur et qu’on n’a pas laissé son « endosphère » submergée par l’ « exosphère ». Ce que les autres n'aiment pas en nous, il faut le cultiver avec soin. Souvent c’est ce que nous avons de plus précieux. Souvent aussi ce que nous avons de plus original, de plus grande « valeur ajoutée ». Comme les explorateurs en caravelles, les grands oiseaux s’envolent à contrevent.
 
Alors bien sûr comme ce duel est épuisant il faut des césures et des pauses. Pour se payer le luxe d’être compliqué il faut avoir une vie simple. Si la vie se complique à l’extérieur il faut devenir plus simple à l’intérieur. Quand la singularité croissante des individus et des situations rend le monde incompréhensible, il faut se tourner vers la simplicité construite. Pour créer concrètement autour de soi des îlots de simplicité construite, on peut fragmenter les projets compliqués et raccourcir les discussions interminables. Pour retrouver de l’oxygène on peut réduire sa dépendance aux hiérarchies, aux procédures compliqués, aux chichis de salon, aux relations collantes, aux objets électroniques qui prennent des allures de prothèse. Toutes ces attitudes de « simplicité construite » constituent une issue psychologique, sociologique, économique, écologique et politique à la complexité croissante imposée par le Big Bang de la singularité.
 
La singularité est un mirage. Ce qui est possible et souhaitable, c’est la singularisation, le mouvement d’affranchissement conjugué au projet constructeur. Alors seulement on se donne un ticket pour la vérité, l’amour et le bonheur.
 
La vérité comme le soleil brûle les yeux de celui qui la regarde trop fixement. Rien n’est plus difficile que de voir les choses exactement comme elles sont. C’est le problème principal de scientifiques, des politiques et des parents à l’égard de leurs propres enfants. Si nous avons parfois besoin de vérités confortables, ce n’est qu’en les abandonnant qu’on se donne la possibilité de devenir de grandes personnes. La certitude est la signature des fragiles et des inadaptés de demain. Le doute est la vérité rafraîchissante des forts.
 
Comme la singularité intellectuelle se construit sur le doute systématique, la singularité affective se construit sur le refus de la « fusion » qui, quelque part, est pour le c½ur ce que la « croyance confortable » est pour l’esprit. Aimer, c’est avant tout vouloir que l’autre soit. Cela suppose que l’on taise et qu’on écoute. Aimer, c’est écouter comme s’aimer, c’est s’écouter soi-même.
 
Le bonheur singulier se construit sur l’affranchissement vis à vis de la dépendance culturelle, relationnelle ou matérielle, quelle qu’en soit la forme ou le travestissement. Le bonheur ne se trouve pas dans la possession d’un capital mais dans l’authenticité de la création et de la création renouvelée de soi à l’intersection de ce peuple de Moi que nous portons en nous. Cela suppose l’aptitude à préserver son agilité, sa respiration naturelle, son attention fluide à tout ce qui passe en dehors et en dedans en cet instant présent qui ne vaut rien mais en dehors duquel rien n’existe. Cela suppose un certain art de profiter de cet instant dans la mesure où on n'aura jamais rien d'autre, un certain art de le sentir filer entre ses doigts à la manière d’un sable chaud. Pour ne pas perdre le parfum de cet instant qui passe sache lui faire de la place, souviens-toi d’oublier, souviens-toi de ne pas trop anticiper et souviens-toi que le bonheur est un décret. Un décret singulier. 

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