Échanges-Le blog de François Bocquet
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La fin des hiérarchies
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  L’art de démotiver ses collaborateurs
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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Ouverture [publié le 04 octobre 2015]

Les siècles se succèdent et ne se ressemblent pas. Chaque siècle affiche des croyances et des rites qui répondent aux fluctuations de son écosystème. Le communisme ne s’est guère développé au sein de ports cosmopolites mais au c½ur de grandes masses continentales dédiées à l’industrie lourde. De la même façon qu’un individu se construit au centre d’un triangle équilatéral : Nature – Culture – Posture, les sociétés se développent au centre d’une triade où les infra-structures, les socio-structures et les idéo-structures sont en résonnance. Pour les individus la situation commande la relation qui détermine la perception : me semble « antipathique » celui dont les intérêts contrecarrent mes plans. Pour les sociétés sociétés la Géographie commande la Sociologie qui détermine la Morale : dans les sociétés agricoles, le respect des pharaons, des scribes et des pyramides ne sont jamais remises en cause.
 
Heureusement la vie c’est ce qui nous arrive tandis qu’on fait des plans. La logique de l’Histoire est souvent capricieuse. Elle oblige les hommes à se réinventer sans relâche, en se déconstruisant. C’est en se détricotant que l’Homme progresse. Comme s’il était sur Terre pour explorer le non-moi, pour apprendre à devenir aussi l’inverse de ce que la Nature a fait de lui au départ. Comme si la Posture et la Culture avaient pour vocation d’équilibrer la Nature sans pour autant cesser de lui rester fidèle. Ce qui est vrai de la personne l’est souvent de la société. Ainsi passent les siècles comme le crabe qui déambule sur le sable un coup de pince à la fois. La situation change. L’idéologie la rejoint. La Révolution Industrielle appela le Marxisme. A chaque siècle est apparue une Théorie du Tout englobant à la fois une analyse du nouvel écosystème, des codes sociaux, une éthique collective.
 
La balançoire de l'Histoire aime les oscillations entre le désordre et l’ordre. Les siècles impairs normatifs où l'on construit alternent volontiers avec des siècles pairs à la fois permissifs, raffinés, décadents et révolutionnaires.
 
Le haut Moyen Age fut une époque remarquablement cohérente du point de vue idéologique. Toutes les femmes étaient pieuses. Tous les hommes étaient braves. Personne ne remettait en cause la logique féodale, l’autorité de l’église, l’abrutissement du peuple, les vertus chevaleresques. Sous la poussière et le sang des batailles, la machine ronronnait au c½ur d’un temps cyclique cadencé par les moissons et les fêtes religieuses.
 
Le 16ème siècle, pair, fait exploser les digues. L’individu fait son entrée en fanfare avec en prime le droit de s’intéresser à tout. Au temps du chevalier mûré sous son armure succède celui de Léonard de Vinci et de Pic de la Mirandole. Gargantua ne connaît pas ses limites. Les caravelles découvrent que le monde est infini. Alors bien sûr le siècle se termine par la guerre civile entre les hommes nouveaux (baptisés protestant) et les survivant de l’ordre ancien (baptisés catholiques). La liberté flirte souvent avec le chaos.
 
17ème siècle, siècle impair. Le Classicisme succède à l’Humanisme en édictant des règles pour les tragédies, en élevant des palais symétriques, en persécutant les déviants. D’où la révocation de l’édit de Nantes. Tout s’aligne sur le modèle des pyramides : l’Etat moderne, le théâtre de Versailles, les vertus de l’honnête homme, les esprits cartésiens. La France, exsangue, étouffe.
 
Le siècle des Lumières, siècle pair, propose alors, avec les philosophes, une Théorie du Tout fondée sur le culte de l’esprit critique. Cette bouffée d’oxygène restaure la liberté de penser, d’écrire, de blâmer mais mine les fondements de la société, provoque la décadence et finalement l’abolition des élites traditionnelles devenues non rentables dans un écosystème désormais piloté par la Bourgeoisie.
 
Le 19ème siècle, impair, se livre alors à une étrange tentative de synthèse. Il commence par repositionner l’individu au centre comme l’avait déjà fait le 16ème siècle. C’est ce qu’on a appelé le Romantisme. Mais il lui ajoute cette fois une armature structurée à travers ce qu’on appelé le Positivisme ou le Scientisme. Les héros de Jules Vernes ne sont pas que des aventuriers prêts à tout. Ce sont aussi de véritables scientifiques. Tous les pays d’Europe se mettent à l’instruction publique obligatoire. Cette Société du Savoir arbore un idéal d’ordre et de progrès, ordem e progresso, qu’on trouve encore inscrit sur le drapeau brésilien et qui se fait fort de régler tous les problèmes sur la base du progrès technologique.
 
20ème siècle, siècle pair, patatras. Les guerres mondiales et les krachs de la bourse font tout voler en éclat dans un monde désormais évolutif obsédé par le progrès scientifique, économique et social. Cette idéologie turbulente du Libéralisme reflète la réalité d’un univers en forme de courbes exponentielles. La population explose, la richesse mondiale décuple, l’horizon du possible technique recule chaque année, les révolutions s’empilent. Problème en vue : les hyperboles ne durent jamais.
 
Personne ne sait donc aux juste à quoi ressemblera le triangle du 21ème siècle dans ses dimensions matérielles, sociales et idéologiques. Comme 21 est nombre impair on peut supposer qu’il sera normatif comme l’ont été avant lui le 19ème, le 17ème et le Moyen Age. On peut imaginer qu’il va chercher à remettre de l’ordre dans la grande contradiction du 20ème : une globalisation économique sans contrepartie politique. On peut supposer qu’à l’Etat Nation, devenu obsolète, pourrait se substituer une organisation planétaire plus cohérente et plus homogène. Le 21ème siècle sera globalement globalisé ou ne sera pas du tout.
 
Cette mondialisation forcée pourrait être imposée la montée croissante des crises écologiques. Le réchauffement climatique couplé au surpeuplement des zones les plus chaudes de la planète va provoquer des invasions barbares qui ne seront pas sans rappeler celle de la fin de l’Empire Romain. L’Empire Romain s’en était tiré à l’époque par un totalitarisme de l’altruisme qu’on a appelé le Christianisme. Ce Christianisme avait en outre la vertu d’apporter une réponse aux excès de complexité de l’empire romain et aux famines des siècles obscurs en restaurant, au travers de l’organisation féodale, des circuits courts d’approvisionnement et de prise de décision. De la même façon on peut imaginer pour demain un Totalitarisme de l’Ecologie qui imposerait de façon très normative des comportements respectueux de l’équilibre écologique et démographique contemporain. Son instrument ne serait plus le prêche comme au Moyen Age ni l’Instruction Publique comme au 19ème, mais des technologies de formation hallucinogènes associant les neurosciences et l’immersion forcée dans des univers virtuels.
 
Mais comme on ne peut pas faire d’un seul coup table rase des progrès de l’individualisme depuis la Renaissance, comme le bonheur des hommes ne réside pas à terme dans les règles, mais dans les exceptions, et comme une vérité se plait souvent à s’associer à la vérité contraire, il faut s’attendre au développement d’une tendance parallèle équivalente en force et en durée.
 
Je propose donc d’appeler « avènement de la singularité » une triple inflexion des choses, des relations et des idées qui se profile en Californie et notamment dans le cadre de la « Singularity University » près de Palo Alto. Ces technologies de la « singularité » intègrent le Big Data, la robotique la génomique les nanotechnologies mais s’interrogent étrangement peu sur leurs conséquences sociétales. Un peu comme ces films bourrés d’effets spéciaux super-géniaux mais un peu puérils quant à la psychologie des personnages, un peu nunuches quant à la morale.
 
La singularité va dans les décennies à venir imposer peu à peu un monde où chaque individu, du moins dans les pays riches, va devenir à lui tout seul une mini-entreprise, un micro-marché, une nano-chaîne de télévision via les réseaux sociaux. Bien entendu cette singularité individuelle sera connective, intensément et directement, sans égard pour les corps intermédiaires de jadis comme les mass media ou l’Etat Nation. Le citoyen du siècle de la singularité devra s’accommoder d’un paradoxe. Un dans Tout. Tout dans Un. Un dans Tout par ses responsabilités planétaires et sa connectivité potentiellement sans limite. Tout dans Un par une autonomie matérielle sans précédent appuyée par des technologies nouvelles comme l’imprimante 3D, les habitations à énergie positive, l’accès immédiat à la totalité de l’information existante, celle des vivant et celle des morts.
 
La Singularité connective risque bien, au sein d’un monde paradoxalement encore plus global qu’aujourd’hui, d’être le nouvel horizon des cent prochaines années.

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