Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
La saisonnalité volontaire [publié le 02 janvier 2012]
Les trente glorieuses et les nécessités de reconstruction de l'Après guerre ont créé une illusion d'optique : celle de la croissance ininterrompue illimitée. Initié par Jules Verne et prolongé par Walt Disney Inc. La mythologie du « progrès » s'est imposée comme un postulat universel. La marche du monde entier s'inscrit dorénavant dans l'équation : [Progrès scientifique] => Progrès technologique] => [Progrès économique] => [Progrès social]. Il semble donc indiscutable aux yeux de l'opinion, comme dans le discours des dirigeants, que l'humanité est dans une marche définitive vers le toujours plus de croissance. Les fonds de pension américains comme les fameux fonds souverains « exigent » avec décontraction un rendement d'au moins 10% par an. Evidemment, ça ne tient pas debout. L'évolution humaine, observée depuis ses origines il y a 6.000.000 d'années s'est toujours effectuée de façon cyclique, voire fractale (avec des cycles de cycles jusqu'au nème degrés). Les civilisations égyptiennes ou chinoises par exemple, ont chacune connue une trentaine de dynasties prospères entrecoupées de crises décadentes et d'invasions barbares à la manière d'un millefeuille ou d'un Club sandwich. La notion de cycle régit d'une façon générale tout phénomène vivant ou naturel. Le climat, la météo, la pousse des arbres, les fluctuations de la bourse et les aléas de la vie de couple épousent tout naturellement la courbe régulière d'une sinusoïde. Tout ce qui existe joue aux montagnes russes. Cependant à l'échelle de deux ou trois générations, on a l'illusion d'otique d'une croissance ininterrompue. Cette période de croissance un peu plus longue que les précédentes s'explique par phénomènes exceptionnels et complémentaires : 1) La découverte du « bas de laine » énergétique de la planète : le capital fossile enfoui dans la cave. 2) La transformation de ce capital fossile en capital économique par les Etats-Unis d'abord (au 20ième siècle), puis par l'Europe et le Japon (pendant les fameuses « 30 glorieuses ») et actuellement par le reste de l'Asie. 3) La fusion des économies mondiales dans le cadre de la mondialisation des échanges et de l'information (Internet), avec les gains gigantesques de productivité qu'apporte toute fusion. Ces trois phénomènes, comme les allumettes de la petite fille du même nom, ne peuvent être utilisés qu'une seule fois. Prochainement, 3 limites seront atteintes : 1) Le bas de laine fossile de Grand Maman aura été dilapidé. 2) L'ensemble de l'Eurasie aura atteint le niveau de performance maximal compatible avec le reste des ressources disponibles : le feu (énergies fossiles), l'eau (douce), l'air (non pollué) et la terre (non contaminée). L'empreinte écologique moyenne d'un terrien a déjà dépassé les limites naturelles. Quid des pays développés ? 3) L'intégration des économies mondiales aura été réalisée. Chacun sera en mesure d'échanger immédiatement avec l'interlocuteur mondial le plus pertinent. Ces réservoirs de croissance épuisés, un problème essentiel se pose : celui du surcroit de masse monétaire en circulation. Aujourd'hui, l'économie monétaire représente environ le centuple de l'économie réelle. Pour 1 dollar de pétrole, blé ou de médicament en circulation dans le monde réel, il y a environ 100 dollars qui circulent entre les banques, les bourses et les innombrables « intermédiaires financiers » qui n'apportent pas grand-chose au Schmilblick. Ce surcroît de monnaie garde un peu de sens tant qu'un pari reste possible sur la croissance elle-même, car tant qu'il y a des espoirs de bénéfice, on trouve des prêteurs ou des investisseurs. Mais cette situation est excessivement fragile. Un simple coup de frein et tout le système s'effondre. L'économie monétaire se recale alors d'urgence sur l'économie réelle. Autrement dit, une inflation galopante s'impose à la planète. 1 euro de feu (pétrole), d'eau (potable), de terre (cultivable) ou d'air (respirable) se négocient brutalement au tarif de 100 euros. En d'autres termes, la saisonnalité reprendra alors ses droits. La chute sera à la mesure de la montée. Le développement durable exige donc une autre vision de l'avenir que cet horizon myope. La notion de recyclage des ressources s'impose et avec elle la notion de saisonnalité. Selon les principes de l'Ecclésiaste, il y a un temps pour la récolte, mais également un temps pour les semailles et la germination. La notion de « circularité » s'impose. Il faut donc accepter tranquillement l'alternance d'étés (actifs) et d'hivers (passés au coin du feu). L'hiver se met humblement au service de l'été et du recyclage de ses déchets.
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