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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Oser le bien-être en entreprise [publié le 05 décembre 2011]

L'Enfer, c'est les autres. Cette affirmation tristement célèbre est peut être un peu plus vraie dans les entreprises françaises que dans le reste du monde. Avec bien entendu une multitude de contre-exemples, le mal-être en entreprise est aujourd'hui assez banalisé. En témoignent l'abondance des dépressions (explicites ou camouflées), la récurrence de la colère comme moyen ordinaire de communication ou le recul du sentiment d'appartenance qui faisait hier encore le ciment des PME.

Les lois récentes sur la réduction du temps de travail auraient pu faire penser qu'une distance allait être prise, qu'une joyeuse culture des loisirs allait se diffuser, que le temps libre et réjouissant de la vie privée allait rendre une bouffée d'oxygène aux travailleurs stressés.

C'est bizarrement le contraire qui semble se produire. Moins mangeuse de temps en théorie, la vie professionnelle n'aura jamais autant captivé les esprits (au sens de rendu captifs).Les soucis du travail nous raccompagnent à la maison.La frustration des promesses non tenues, les jeux de séduction décevants de la carrière, la tension des conflits de territoire, la complexité technologique ou juridique qui n'en finit pas de se renouveler, la banalisation des séparations sauvages, les sollicitations et les agressions continuelles permettent difficilement de se reconstruire où que ce soit. D'autant qu'avec Internet et le téléphone mobile, la distance géographique ne suffit plus à préserver l'éloignement régénérateur. La vie professionnelle n'a paradoxalement jamais été aussi obsédante. Et bien souvent cette souffrance en entreprise contamine la vie dans son ensemble.

Cette souffrance a un coût invisible mais élevé pour l'entreprise : conflits stériles ou vampires, démotivation, turnover, absentéisme, dépressions nerveuses (burn out), mort physique ou psychique. Quand on parle de réduction des coûts dus à la non-qualité, on n'intègre pas toujours le formidable gâchis dû au mal-être en entreprise. Quand le travail devient douloureux, la créativité, l'enthousiasme, l'engagement déclinent. C'est un jeu sans gagnant. Et l'ignorer ne fait qu'aggraver les choses.

Les causes sont confuses. Le développement du pouvoir d'achat depuis 60 ans a entraîné le développement d'un individualisme féroce. L'accomplissement individuel est devenu depuis peu à peu un besoin et même un une sorte de droit sacré. Mais paradoxalement, l'obsession du bonheur personnel rend le bonheur moins accessible. Le bonheur ne se décrète pas, le bonheur ne s'exige pas, le bonheur ne s'enseigne pas.

La généralisation des bulles individuelles étanches est au contraire la garantie de malentendus en cascade. D'autant que l'individualisme féroce ne fait pas vraiment bon ménage avec les exigences normalisantes de la Globalisation ou la culture impersonnelle des groupes ou des chaînes en tous genres. Entre les exigences de la rationalité économique et la montée des besoins irrationnels des hommes, les entreprises sont aujourd'hui souvent désorientées. Après avoir poussé aussi loin que possible le reengineering, elles sont confrontées désormais à un défi d'une toute autre nature :savoir entendre, absorber et intégrer l'individualité (parfois étrange) de leurs collaborateurs.

La souffrance en entreprise peut cependant être également une chance, une occasion pour l'entreprise de découvrir ses vraies richesses. Dans une économie de services, l'originalité est souvent le secret de l'avantage concurrentiel. Le management différentiel, qui s'efforce de libérer les ressources individuelles spécifiques, est certes moins facile à pratiquer que le management traditionnel encastré dans la seule raison. Mais il favorise également beaucoup la créativité, l'initiative, la motivation, le sentiment d'appartenance et la communication authentique.

Les problèmes imaginaires (ces faux problèmes qui empoisonnent souvent l'entreprise le jour... et certains de vos collaborateurs la nuit) se dissipent dès qu'il redevient possible de parler vrai. Lorsque le droit à l'authenticité est de retour, le partage (des émotions, de la motivation,
des bonnes idées) redevient facile, les énergies qualitatives peuvent se libérer au service d'un projet collectif.

La liberté d'être soi est devenue peu à peu, au cours des dernières décennies, une condition de la santé relationnelle en entreprise.

Bien entendu la bonne distance n'est jamais dans l'excès. La confusion est toujours dangereuse. L'expression spontanée des émotions ne signifie pas qu'il faille confondre relations professionnelles et relations d'intimité. Mais il n'y a pas non plus de motivation professionnelle sans investissement personnel, surtout dans les activités de service où compte surtout la créativité, l'initiative et le pouvoir d'empathie. Il y a ici un équilibre subtil à préserver à réinventer en permanence.

L'Institut depuis toujours a un cœur de métier clairement identifié : amener chaque collaborateur à prendre conscience des contraintes spécifiques à son profil individuel. Les sessions intensives comme les cycles d'expertise sont tous une invitation à se réconcilier avec sa vérité personnelle, même (et surtout) dans un contexte professionnel. Nous sommes en effet convaincus (depuis maintenant plus de vingt ans) que dans l'authenticité adulte se trouve le secret de la motivation profonde, de l'imagination créatrice, de l'efficacité des relations dans le long terme, de la santé émotionnelle des entreprises. Pour se libérer (enfin) de sa bulle de savon personnelle, il faut d'abord bien la comprendre et comprendre également, si possible, celle de nos collaborateurs ou de nos partenaires, aussi étrange soit-elle. C'est la condition nécessaire à des relations vraies, donc solides et durables. C'est la condition indispensable à des projets qui tiennent la route dans la durée.

Tous les séminaires que nous organisons, que ce soit en inter ou en intra, ont donc une marque de fabrique : ils offrent des formations centrées sur la personne. Nous ne pratiquons guère, à l'institut, les techniques de manipulation ou la mode des solutions toutes faites car nous savons que cela ne mène à rien de bon dans le long terme. La compréhension globale du profil individuel (le vôtre, celui de vos collaborateurs de toujours ou de vos interlocuteurs d'un instant) sera, dans les formations que vous suivrez, un préambule incontournable.

Le développement durable en Relations Humaines est possible. Il exige l'acquisition d'un certain nombre de compétences nouvelles comme l'attention spécifique ou les techniques de communication différentielle®. Là réside également le secret du bien-être en entreprise. Si nous sommes depuis toujours, à l'Institut, des passionnés des profils de personnalité, ce n'est pas pour y enfermer les hommes, c'est au contraire pour les en libérer.

triangleQu\'en pensez-vous ?ajouter un commentaire
Rédigé par GRECO LATINUS 05 décembre 2011
BIEN PENSÉ ET BIEN ÉCRIT;
ET SYMPATHIQUE, COMME L'AUTEUR.
Rédigé par Homo Nyme 14 décembre 2011
Bel exemple d'humanisme, comme on aimerait en voir dans toute entreprise.
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