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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Bibliothèques [publié le 20 novembre 2009]

Demain le contenu le contenu de toutes les bibliothèques et les médiathèques du monde entier sont accessibles à tous sur des moteurs de recherche comme Google. Ces fichiers immatériels peuvent être consultés à volonté depuis n'importe quel terminal : e-book, ordinateur, téléphone, télévision, hologramme domestique ou (plus tard) implant cérébral placés à la naissance dans le cerveau de l'enfant comme récepteur universel de mots, d'idées ou de perceptions multisensorielles. Ce ne sera donc plus dans la mise à disposition de tel ou tel ouvrage que les bibliothèques peuvent conserver leur valeur ajoutée et justifier leur existence.

Heureusement, une possibilité de métamorphose s'offre à elles. Car si l'accès au fichier-livre sera de plus en plus facile, le temps de la lecture sera de plus en plus difficile à préserver. Autant il est facile d'accéder au contenu d'un livre depuis un moteur de recherche (comme Google), un site de vente de livres d'occasion (comme Chapitre.com) ou une bibliothèque municipale, autant il est de plus en plus difficile de pouvoir se concentrer sur la lecture complète d'un livre de la première à la dernière page sans être dérangé par des obligations professionnelles, les sollicitations de votre I-phone ou de votre Blackberry ou l'arrivée intempestive d'une offre publicitaire dans votre boite de réception (ou sur votre implant cérébral). 

Ce qui prend au fil du temps de la valeur, ce ne sont donc plus les lieux où l'information est disponible mais où elle ne l'est pas : un déplacement s'opère de la Culture de l'Abondance à la Culture de la Vide.

L'Avenir de la Bibliothèque est donc à l'aménagement d'un temps de lecture protégé sérieusement de toutes les turbulences extérieures. On peut ainsi imaginer, de manière idéale, des centres de retraite éloignés des grandes villes et qui ressemblent aux monastères d'autrefois. On y réside le temps de son séjour dans une petite cellule chaude et bien éclairée mais pourvue du mobilier minimal : un lit, une table, une chaise, une lampe de bureau. Les prises de repas y sont faciles mais flexibles. Les promenades solitaires dans un jardin ou sous les arbres y sont possibles à n'importe quelle heure. Le téléphone et la télévision n'y sont pas plus autorisés que les visites. Les échanges avec l'extérieur ne peuvent s'y faire que par e-mail et à certaines plages horaires prédéfinies par l'usager. On peut également imaginer, de façon plus courante, l'aménagement à la maison d'une cellule monacale de concentration, lumineuse, climatisée, insonorisée, déconnectée de tous les bruits du monde. Pour ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir une retraite zen ou un bunker privé, un commerce nouveau fleurira, à l'antipode du cybercafé, le café isoloir qui offre aux amateurs de recueillement de petites alvéoles silencieuses à la façon de nos églises d'autrefois. Enfin dans les écoles, dans les universités ou dans les centres de formation, des "points de recentrage" seront organisés afin de permettre aux étudiants de switcher un moment du mode absorption au mode réflexion.

La valeur ajoutée des bibliothèques de demain se situera dans leur valeur soustraite de tentations, d'invitations, des sollicitations et de perturbations.

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