Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
La mégamétamorphose [publié le 22 juin 2010]
L'Institut a pour but d'accompagner l'individu dans la réalisation de ses métamorphoses de façon à ce qu'il puisse mieux s'intégrer dans un monde dont la métamorphose est sans précédent dans l'Histoire. C'est une véritable mégamétamorphose qui bouleverse les peuples et les institutions dans le premier vingt et unième siècle : le temps semble soudain s'accélérer, tout devient éphémère, précaire, insaisissable. Les terriens de cette époque sont à la fois déboussolés et fascinés de pouvoir vivre le temps d'une génération l'équivalent d'un millénaire de transformations technologiques, économiques ou culturelles. Mais seuls parviennent à tirer leur épingle du jeu, ceux qui parviennent à se métamorphoser en permanence de l'intérieur, ceux dont la résistance au changement est suffisamment faible et la capacité de renouvellement permanente suffisamment forte pour leur permettre de rester en phase avec les tremblements de terre. Les débuts du siècle qui commence se caractérisent par une succession de pics qui les font ressembler un peu à une chaîne de montagne comme l'Himalaya. Il y a d'abord le pic énergétique, le fameux « pic de Hubert » qui affirme que l'exploitation de la moitié environ des réserves d'hydrocarbures, atteinte dans les années 2010-2020 déclenche une hausse des prix d'autant plus effroyable qu'elle s'accompagne d'une explosion de la demande dans les pays émergents assoiffés de voyages et d'automobiles. Cette parabole du pic énergétique explique celle d'un pic économique renforcé par la mondialisation rapide des échanges suivie, tout aussi rapidement, de la confrontation brutale à la raréfaction des ressources premières. La suppression des frontières déclenche également un pic de la connaissance scientifique ou technologique sans précédent : les esprits éloignés se mettent subitement à se féconder les uns les autres. Enfin un pic démographique prend, lui, la forme d'une double hyperbole et s'élance brutalement pour atteindre une dizaine de milliards vers le milieu du siècle avant de s'effondrer tout aussi brutalement : le réel affectionne les courbes symétriques. C'est donc une inframétamorphose objective et multiple qui s'imposera à vous, vous qui allez connaître la génération la plus mouvementée mais aussi la plus passionnante de l'Histoire. Plus vous serez habile à vous métamorphoser de l'intérieur, même et surtout lorsque vous vieillirez (alors que votre résistance au changement devrait naturellement s'accroître), plus vous profiterez des turbulences plutôt que d'en être la victime. La suppression des frontières politiques et linguistiques, conjuguée à l'abolition des hiérarchies et des cloisonnements sociaux imposée par les nouvelles technologies (qui court-circuitent un peu tous les réseaux) déclenchent, au sein de la mégamétamorphose, une exigence d'intégration sans précédent. Tout devient global : la bourse, la monnaie, l'économie, l'écologie et la culture. Chacun est au courant s'il le souhaite de tout ce qui se passe ailleurs. Tout ce qui se passe quelque part impacte possiblement l'ensemble d'un mégasystème unifié. Tout est globalisé, universalisé. Les organismes régulateurs mondiaux font leur apparition et se systématisent. Les réunions de chefs d'états se multiplient en attendant la dissolution de ces mêmes états au sein d'ensembles qui les dépassent (comme l'Union Européenne). Les cloisonnements traditionnels entre nations ou entre classes sociales deviennent anachroniques. Chacun, abandonné à lui-même se trouve confronté en direct à la multitude des autres. Les modèles de fonctionnement locaux d'une entreprise ou d'une communauté deviennent alors rapidement obsolètes. La démodélisation déstructure sans pitié toutes les organisations routinières au profit de schémas éphémères en recomposition permanente. Partout le ET se substitue au OU. L'inclusion devient la règle, l'ambivalence, la pratique ordinaire. La croissance (des services) coexiste avec la décroissance (industrielle). La relocalisation (du travail) se superpose à la mondialisation qui se poursuit (dans les échanges). Le développement économique appelle le développement de la personne. Les sociostructures, comme les idéologies, finissent toujours par rejoindre les modifications d'infrastructures. Une nouvelle carte des vertus et des vices se dessine. La rigidité (qui refuse la métamorphose), l'égocentrisme (qui refuse l'intégration) et le monolithisme (qui refuse l'ambivalence) deviennent des péchés capitaux. Inversement deviennent des vertus cardinales l'accueil au changement, au dépassement de soi ou à la contradiction. Le sens des nuances devient une condition de survie de même que le sens de l'humour ou celui de la précarité des choses. Le personnage qui vit le mieux est celui qui pratique assidument la réinvention de soi, la déconstruction reconstruction et l'habitude de se demander au réveil chaque matin : « Que vais-je bien pouvoir encore inventer ? ». L'Authenticité s'avère indispensable car elle est bien le seul support sur lequel l'individu abandonné par son « milieu » puisse désormais s'appuyer. Elle révèle cependant rapidement ses insuffisances et demande, surtout dans le seconde moitié de la vie, le complément d'une maturité peu commune, c'est-à-dire d'une habilité toute particulière à s'auto nuancer. De cette contradiction apparente entre la détermination à réaliser votre destin et l'aptitude à réinventer votre chemin de vie dépend le bonheur que vous pourrez recevoir et offrir. L'Institut a pour but d'accompagner l'individu dans la réalisation de ses métamorphoses de façon à ce qu'il puisse mieux s'intégrer dans un monde dont la métamorphose est sans précédent dans l'Histoire.
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