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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

De la croissance gratuite [publié le 29 juin 2010]

Imaginez que vous soyez la croissance économique elle-même. Votre position ne serait pas confortable. Imaginez que vous deviez croitre indéfiniment, non comme un arbre ou jeune géant le temps d'atteindre votre taille adulte, mais indéfiniment, sous peine de créer le désordre social et la désintégration politique. C'est la croissance qui est censée financer le déficit. C'est sur la perspective d'un peu de croissance que repose la motivation des foules et des individus. Les hommes politiques n'ont en commun ni la couleur des mots ni la couleur des yeux mais tous ils parlent de croissance d'une façon ou d'une autre.

Mais comment faire de la croissance avec moins d'énergie, avec moins de matériaux, avec moins de droit à polluer l'air, l'eau, la terre et les émissions télévisées ? C'est un peu demander à un sportif de cultiver ses muscles tout en restant enfermé dans sa chambre.

Une seule solution : se mettre à vendre et à acheter ce qu'on donnait ou recevait autrefois gratuitement. Le sourire de la boulangère, une bonne nuit de sommeil, l'amour familial, le dimanche silencieux, le temps libre à courir dans les champs faisaient autrefois partie du domaine non marchand. Mettons-nous à les vendre. Pour les économistes, cela devient de la croissance.

On peut ainsi rendre marchand tout ce qu'on veut : le droit d'un homme à lire les livres qu'il a lui-même écrit, à reconnaître son image dans le miroir ou à porter son propre nom. C'est ce qu'a commencé à faire Apple avec succès. Vous commencez par un acheter un iPhone ou un iPad dont vous trouvez le prix raisonnable au regard de ses possibilités magiques. Vous découvrez alors que deux préalables sont posés à son utilisation satisfaisante : télécharger I-tune sur votre ordinateur et lui confier votre numéro de carte de crédit. I-tune vous offre alors une myriade de services en classant par exemple à votre place toute votre discothèque. Problème : vous n'y pourrez plus désormais accéder autrement qu'en utilisant I-tune. Mais soyez rassurés : le pré-enregistrement de vos coordonnées bancaires facilite grandement toutes les transactions.

Cette astuce pourrait bien s'étendre à toute l'économie pour fabriquer massivement de la croissance. L'air que  vous respirez (Véolia), le soleil que vous regardez (le Club Med), les amis que vous fréquentez (Facebook) vont bientôt être mercantilisés, même si fort heureusement sont d'ores et déjà étudiées des tarifications adaptées à votre profil ou des cartes de fidélité particulièrement intéressantes. Surtout à l'approche des fêtes de Noël.

A contrario, tout ce qui ne dégage pas suffisamment de marge pour une entreprise ou une autre devra disparaitre du marché. Ainsi des papillons ou des abeilles qui ne dégagent pas de vraiment de valeur ajoutée.

Profitez donc de votre ombre pendant qu'elle est encore gratuite ; elle ne le restera sans doute plus très longtemps.

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