Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
Payer ses achats d'un baiser [publié le 24 juin 2010]
Chaque fois que vous passez à la caisse d'un magasin, c'est toujours la même chose. Que ce soit à la Fnac à chez Virgin, chez Wal-Mart ou à Carrefour, la caissière vous demande si vous avez déjà la carte fidélité ou si vous préférez remplir le formulaire. Si la caissière et charmante et si son charme vous fait craquer, vos ennuis ne font que commencer. Il vous faudra bientôt devoir transporter en tous lieux une carte de plus, une carte en plus de la carte Darty, de la carte Leroy Merlin, de la carte de chacun librairies ou des grands magasins où vous mettez les pieds. Vous voilà affublé d'une infinité de numéros clients qui tourbillonnent comme des moucherons dans votre tête, tous assortis d'un mot de passe à coucher dehors. Votre porte-monnaie commence à déformer la poche droite de votre veste neuve. Le rêve serait bien évidemment de faire jouer la fameuse « convergence numérique » et de synthétiser toutes ces cartes en une seule « hyper carte » qui matérialiserait à elle-seule tous vos engagements à la fidélité. Multi-fidèle, vous seriez allégé considérablement. En matière de légèreté, comme en matière d'évasion fiscale, on peut cependant toujours faire des progrès. Au-delà des cartes de fidélité, on pourrait imaginer une hyper-carte universelle qui ajouterait aux témoignages de votre « fidélité » les données de votre passeport, de votre permis de conduire, de votre carte de groupe sanguin, de votre permis de chasse, de votre permis bateau, de votre carte Vital, de votre carte d'identité, de votre certificat de Baptême, de vos nombreux diplômes, de votre carte SNCF (au choix Fréquence, Vermeil, Famille Nombreuse), de votre carnet de vaccination et de votre livret de famille. Pourquoi même ne pas vous contenter de la puce qui est dans votre carte et de l'insérer dans votre téléphone mobile. Vous diminuez ainsi la possibilité de l'égarer. Et pour en communiquer les données aux serveurs de vos fournisseurs ou de l'administration, c'est beaucoup plus facile. La communication devient même possible à distance. Si la poche droite de votre veste est souvent déformée par un porte-monnaie volumineux, la poche gauche l'est souvent par un porte-clefs non moins pesant. Pourquoi ne pas faire nouveau une synthèse. Pour ouvrir le portail de votre maison ou de l'immeuble, pour mettre le contact à la voiture, il suffirait alors de pianoter quelques chiffres entrecoupés de #. Mais pourquoi donc vous obstiner à matérialiser ce qui n'a pas besoin de l'être ? Toutes les données que nous venons d'énumérer pourraient fort bien se contenter d'être empilée soigneusement dans une base de donnée consultable à distance. Il vous suffirait alors de connaître par cœur 1 login + 1 password à pianoter sur un clavier et le monde est à vous. Mais les claviers n'ont plus vraiment d'avenir. Vos empreintes digitales, le dessin de votre iris, l'ADN présent dans votre salive ou les phéromones que votre corps diffuse suffisent à vous identifier. Il vous suffit de présenter le bout de l'index ou des lèvres pour être reconnu et pouvoir valider n'importe quelle transaction administrative ou commerciale. Vos règlements en caisse peuvent désormais s'effectuer d'une caresse, d'un coup d'œil, d'un baiser.
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