Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
La fin du travail [publié le 27 juillet 2010]
Aujourd'hui tout le monde veut un emploi : c'est une situation inédite dans l'Histoire. Le travail est en passe de devenir le produit de consommation le plus recherché au monde. C'est qu'il est devenu pour beaucoup à la fois le ticket d'entrée à tout (consommation, reconnaissance et connaissances) et à la fois une denrée de plus en plus rare à partager entre de plus en plus de gens. Si l'on tient compte du temps passé en retraite et en formation (y compris dans l'enfance), on ne travaille plus aujourd'hui en France que 10% environ de son temps de veille contre 70% au milieu du XIXème siècle. Le reste du temps se consacre aujourd'hui aux loisirs ou à la consommation qui sont devenues de très la loin la principale occupation collective. L'activité professionnelle, devenue à la fois plus formelle, plus indispensable et plus rare que jamais, est devenue le rêve auquel chacun aspire. Ce paradoxe engendre bien des évolutions. Le travail à temps plein disparait au profit du travail à temps partiel ou fragmenté. Le travail salarié est remplacé de plus en plus par des activités de consultant indépendant. Le travail à domicile se développe au point de dépasser plus le seuil de 50% aux Pays Bas. D'une façon générale la qualité, l'originalité, la pertinence, la flexibilité comptent infiniment plus dorénavant que la quantité globale du travail fourni qui prévalait encore au milieu du XXème siècle. Tout notre imaginaire occidentale de la culture professionnelle (cœur de métier établi, formation cohérente, retraite garantie, employeur unique et permanent, lieu de travail attribué, horaires clarifiées, conditions de rémunérations transparentes) est en train de s'évaporer gentiment au profit du seul résultat effectif obtenu. La notion d'emploi salarié (au singulier) est en train de céder la place à celle d'activités indépendantes (au pluriel) qui se regroupent au sein d'un portefeuille d'activités. La frontière disparait entre le travail, les loisirs, la formation et la consommation qui s'entrelacent la semaine, le weekend, la vie et tout au long de la vie au point qu'il est de plus en plus difficile, voire impossible, de définir et de délimiter la notion même de travail. Qu'est ce que du travail ? Produire une activité marchande ? La formation, les charges familiales, les activités bénévoles ne sont-elles pas un travail ? Obtenir un résultat vendable ? On peut donc travailler en se contentant de profiter d'une rente ? Qui décide ? Un mot qu'on ne peut plus définir n'a plus de raison d'être.
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