Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
Un après-demain français [publié le 10 août 2010]
La saison des tempêtes a commencé. Les crises vont maintenant succéder aux crises pendant quelques décennies. Aussi longtemps que sous l'effet de l'effondrement des frontières, le mécanisme des vases communicants va transférer les richesses de l'Atlantique au Pacifique et de niveler le pouvoir d'achat des zones tempérées, l'Occident sera sujet à des secousses. La Chine qui produit d'ores et déjà 50% de l'acier du monde ne va pas durablement se satisfaire de 5% de ses richesses. Les demains de l'Europe sont promis à des intempéries. Il y aura des crises économiques, des révolutions, des invasions barbares. Ces turbulences ont pour finalité de remettre les pendules à l'heure et de recaler le pouvoir d'achat de l'occident sur son économie réelle, c'est-à-dire son agriculture et son industrie. En d'autres termes l'occident va devoir payer par de l'appauvrissement sa goinfrerie couplée à désindustrialisation. Une fois cet aggiornamento accompli, les larmes en partie épongées, on peut toutefois imaginer que la position économique, politique ou culturelle se recale naturellement sur les fondamentaux géographiques qui, eux, restent privilégiés. La France en particulier dispose d'une position de carrefour exceptionnelle en entonnoir au bout de l'Eurasie, de ressources premières hors normes et d'un réservoir de croissance démographique presque aussi important que celui du Canada. Ce réservoir de croissance démographique, pourrait, au prorata de la densité de population de la plupart de ses voisins, accueillir sur son territoire une population de 200 ou 300 millions (contre 65 actuellement). Cette situation de dominance démographique ne serait qu'un retour à la normale au regard de l'histoire européenne où la France fut toujours, en dehors de la Russie, le pays le plus peuplé. Longtemps elle a compté près de la moitié de la population du continent. Ce potentiel s'explique par la superficie qui fait d'elle le pays le plus vaste mais également par l'abondance des terres fertiles arrosées et chauffés de manière optimale. D'un point de vue différentiel la France sera avantagée par les changements climatiques et la raréfaction de l'eau douce. Elle moins menacée par exemple que les pays méditerranéens et beaucoup moins menacée que les zones tropicales ou équatoriales. Surtout, la France se trouve à l'épicentre de l'archipel urbain, c'est-à-dire au barycentre d'un mobile constitué de toutes les grandes agglomérations du monde. De Paris il est possible d'être en moins de 12 heures dans pratiquement n'importe quelle mégalopole. C'est une situation que nos connaissent aucune des villes américaines ou asiatiques. En outre, l'abondance des plaines du bassin parisien autorise l'extension des aéroports de Paris plus que dans n'importe quelle autre capitale européenne. Si Air France est aujourd'hui la compagnie aérienne qui se porte le mieux dans le monde, elle le doit à la mise en pratique systématique du « Hub » parisien, du réseau en étoile, qui incite ses clients en contrepartie de tarifs imbattables, à faire, d'où qu'ils viennent, une escale à Paris avant de se rendre en Asie, en Afrique, en Amérique ou dans le reste de l'Europe. Sur une échelle non plus de quelques décennies, mais de quelques siècles, Paris pourrait bien redevenir une capitale du monde. A toutefois une condition : devenir un grand port. La création, sur un siècle, entre Paris et Le Havre, d'une mégalopole dont la Seine serait la colonne vertébrale pourrait autoriser cette ambition. Paris se trouve déjà de facto au carrefour des cartes : les allemands qui partent en vacances en Espagne et les anglais qui vont découvrir l'Italie ne le savent que trop. Le record mondial des 80 millions de visiteurs par an est la contrepartie logique d'une géolocalisation tout à fait particulière. L'inclination à l'Humanisme, le goût de la légifération universelle, la propension fâcheuse des voyageurs français à « faire la leçon » partout là où ils daignent passer leurs vacances sont la conséquence culturelle de cette géographie de carrefour. Cet universalisme devra sans doute déchanter demain sous les secousses du déclin. Il porte en lui pourtant les germes d'un après-demain prometteur.
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