Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
Le marché de la frugalité [publié le 27 septembre 2010]
Il était une fois une terre d'abondance. L'exploitation du pétrole à bas prix y mettait à la disposition de chacun la force de travail équivalente d'une centaine d'esclaves. Cette situation durait déjà depuis des siècles quand on comprit qu'elle ne durerait pas éternellement. La panique fut rapide. Comme une grande peur s'était répandue tout autour de l'an mille, une grande frayeur se diffusa autour de l'an deux mille. On mangea moins. Les grandes surfaces, dont le secret résidait dans l'importation d'innombrables produits originaires des horizons lointains, disparurent peu à peu de la surface de la terre. Il apparut en effet évident que 95% du coût d'un ananas victoria était constitué de pétrole, qu'il s'agît de la récolte, du transport ou de la distribution. On se retourna vers les fruits et légumes de proximité et de saison. On vit réapparaître des marchés de village. Les surgelés disparurent peu à peu et avec eux les stocks de nourriture qu'on finit par jeter. On se remit à manger en flux tendu, à revivre de grignotage et de cueillette à la façon de nos ancêtres paléolithiques. La frugalité et la sobriété redevinrent des vertus. On voyagea moins. De nombreux travailleurs se mirent à télétravailler. On cessa progressivement d'utiliser sa voiture pour aller chercher une baguette à Carrefour. On renonça peu à peu à prendre l'avion pour occuper les vacances scolaires. On oublia les petits week-ends sympas à Marrakech. Il vous fallut apprendre ou réapprendre l'art de vivre bien là où vous habitiez. Vous redécouvrîtes l'existence de vos voisins et vous finîtes même avec le temps par leur trouver des charmes. Le terme d'abondance sortit du dictionnaire et fur remplacé par celui de qualité émotionnelle des instants vécus.
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