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Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Les embouteillage du Futur [publié le 17 octobre 2010]

L'automobile, qui a longtemps été un objet de prestige risque de le rester encore longtemps car tout ce qui est rare est prestigieux et les véhicules individuels vont devenir de plus en plus rares. L'augmentation exponentielle du prix des carburants va en effet en faire un produit de luxe réservé à des privilégiés pour lesquels le prix d'un chauffeur sera devenu marginal. On se retrouvera ainsi un peu, dans la seconde moitié du 21ème siècle comme on était au début du 20ème où de luxueux tacots défrayaient la chronique.

En attendant, les gouvernements seraient bien inspirés d'en restreindre l'usage progressivement, ce qui fera sans doute moins mal qu'une disparition brutale imposée par la flambée inattendue du pétrole. On peut ainsi imaginer :

1. Une restriction du nombre de jours d'utilisation du véhicule dans la semaine, le mois ou l'année. L'usage des véhicules non professionnels le dimanche pourrait ainsi être interdit ou encore un système de vignettes ou de plaques d'immatriculation pourrait n'autoriser l'usage des automobiles privées qu'un jour sur deux. C'est du reste ce qui se pratique déjà à Rome.

2. Une taxation des déplacements au centre-ville. C'est du reste ce qui se pratique déjà à Londres.

3. Une taxation systématique des places de stationnement, y compris sur le parking des entreprises.

4. La limitation drastique des vitesses sur autoroute (90 km/h), sur les routes (50km/h) et en agglomération (30km/h

5. Un rationnement de la distribution fondé sur la distribution de coupons, un peu comme cela se pratiquait pendant la Seconde Guerre mondiale (mais avec la possibilité de revendre ses coupons pour ceux qui n'en ont pas besoin).

6. La réduction ou la suppression des charges sociales pour les journées de travail passées à domicile.

L'ensemble de ces premières mesures permettrait d'économiser rapidement environ 50% de notre facture pétrolière en faveur de notre balance commerciale, d'acquérir progressivement les comportements d'avenir et de stopper le développement d'infrastructures inadaptées (comme de nouvelles autoroutes).

La réduction progressive de l'automobile individuelle s'accompagnera cependant nécessairement de la revalorisation d'anciens moyens de transports tombés en désuétude.

On citera ainsi pêle-mêle :

1. La marche à pied. Une demi-heure quotidienne permet par ailleurs de conserver le corps en bon état, une heure par jour de maintenir un niveau de stress à un faible niveau.

2. Le vélo. Le vélo est le seul véhicule qui conduise l'homme de porte à porte à n'importe quelle heure et par l'itinéraire de son choix, sans poser de problème de stationnement et en mettant de bonne humeur (surtout si, comble de bonheur, il est pliable et léger).

3. Le vélo électrique hybride. Conçu sur le modèle de son homologue automobile, il profite des coups de freins, des feux rouges (ça va souvent ensemble) et des pentes descendantes (je vous recommande la descente du boulevard Saint-Michel à Paris, de Fourvière à Lyon et de Notre Dame de la Garde à Marseille) pour recharger ses batteries. Celles-ci peuvent également être rechargées la nuit par des panneaux solaires installés sur le toit de leur abri. Ce système permet alors au vélo électrique de se déplacer dans un grand rayon de 50 km, ce qui présente une alternative fort intéressante pour l'habitant des grandes banlieues vers 2050 où la concentration urbaine croissante n'aura d'égale que la difficulté paradoxale à s'y déplacer.

4. Les machines à roulettes comme les trottinettes, les planches, les rollers et les anciens patins qui, un peu moins rapides, présentent l'avantage d'être plus stables et de ne pas exiger le remplacement fastidieux des souliers par des chaussures aussi inconfortables que des bottines de ski. Le patin à glace peut lui aussi se révéler intéressant mais il exige un climat fort septentrional et des aptitudes en chorégraphie. 

5. Les transports en commun. Ils polluent moins que la voiture, consomment moins de pétrole et permettent de travailler un peu pendant le trajet, à condition de disposer de boules Quiès pour éviter la musique MP3 de voisins inquiétants.

6. Les solutions multimodulaires. Si chacun des moyens de transports jusqu'ici énoncés présente des inconvénients évidents (champs d'action pour les machines à roulettes, rigidité des infrastructures pour le train), l'association de plusieurs de ces moyens offre souvent des formules idéales. Le couple "train + vélo" s'avère ainsi à la fois flexible, agréable et sobre en hydrocarbures. L'usage de la formule "métro + vélo" est déjà moins évidente en raison des difficultés particulières présentées par les portillons (il faut demander de l'aide à un passant et les faire passer par-dessus au risque de blesser les vieilles dames un peu pressées).

7. Pour les habitants des petits villages réellement excentrés qui ne peuvent vraiment pas faire autrement que de recourir à la voiture, on peut citer des formes d'organisations testées avec succès comme l'autopartage (autosharing), le covoiturage ou l'autostop qui consiste à mettre une ressource en commun.

8. Pour les nostalgiques de l'époque Napoléon III on ne saurait trop recommander le recours à la calèche qui présente l'avantage de lutter contre le chômage prévisible des chauffeurs de taxi par la réhabilitation d'un des plus vieux métiers du monde : celui de cocher ou de conducteur de diligence. Le retour du carrosse de Cendrillon s'accompagne d'une opportunité à saisir : la possibilité de charmer les princes qui vous raccompagneront à la sortie du bal.

9. Pour les inconditionnels de Van Gogh on peut enfin rappeler la formule de la roulotte en tissus et en bois décoré à la main, bien plus propice aux rêves que les camping-cars des gitans et des Rom. La construction peut être onéreuse et longue, mais il y a moyen de baisser considérablement les coûts de fabrication en augmentant les quantités fabriquées. Le choix de l'animal de traction (cheval, poney, âne ou mulet) est ici à soigner car pour les longs trajets la compatibilité de caractère est préférable (je déconseille le caractère têtu des mules).

10. Pour les habitants des rivages, sachez que peu de moyens de transport recourent autant aux énergies renouvelables que les bateaux à voile. Un retour en force de la marine à voile est à envisager pour le milieu du siècle. Sa lenteur et son silence s'inscrivent dans un rapport au temps qui dans les décennies prochaines aura vraiment "le vent en poupe".

triangleQu\'en pensez-vous ?ajouter un commentaire
Rédigé par GRECO LATINUS 18 octobre 2010
Je constate que tu mets en application sereinement ton plan B (plus précisément B4) puisque je t'ai vu de mes yeux te faufiler avec élégance dans la foule piétonne de la rue Erard certain petit matin de la semaine dernière.
Ton voisin.
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