Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
L'avenir du livre et de ses métiers [publié le 08 novembre 2010]
S'exprimer par écrit devient un besoin universel mais banal. Être lu en revanche devient un privilège rare et prisé. Du coup, le rapport économique s'inverse. La profession d'écrivain sort du domaine professionnel et laisse la place à la nouvelle profession de « lecteur » diplômé. Dans l'avenir, on ne paie plus pour lire mais pour être lu. Pour être lu, il n'y a pas de démarche moins rentable qu'une chasse à l'éditeur qui, à moins que vous soyez déjà une étoile, vous évitera comme un trou noir n'a aucune raison de s'intéresser à vous. Il vous faut donc vous prendre en main et il vous reste pour cela 3 possibilités : 1) publier sur votre blog des billets courts et drôles, régulièrement renouvelés ; 2) diffuser gratuitement et massivement votre manuscrit au format PDF depuis un site sérieusement référencé ; 3) faire imprimer votre livre à compte d'auteur en quelques milliers d'exemplaires et en mettre des exemplaires à la disposition des visiteurs dans de lieux de grand passage (foires, centres de formation, écoles, etc.) de façon à diffuser rapidement vos idées, votre nom, votre marque ou celle de votre entreprise. Un jour parfois, le point de la notoriété critique est atteint, une réaction thermonucléaire s'enclenche et la notoriété provoque la notoriété sans qu'il n'y ait rien à faire. L'Éditeur, invisible comme un fantôme jusque-là, fait alors subitement son apparition. Le métier de l'éditeur du futur s'inscrit en effet aujourd'hui à la confluence de différents métiers très anciens (Ce qui illustre au passage un principe marketing fondamental : la valeur ajoutée se niche souvent dans les entreprises de « convergence ») 1) le « promoteur de nouveaux talents » alors même que l'autodiffusion est devenue si facile (pour peu que la qualité d'un texte s'y prête et que son accès y soit gratuit d'accès et sérieusement référencé) ; 2) l'« investisseur » qui finance l'impression, le stockage et la distribution d'un manuscrit papier alors même que le livre se dématérialise et qu'il devient infiniment plus facile d'y accéder électroniquement ; 3) « l'animateur de tapage médiatique » autour de la sortie d'un livre en librairie alors même que le grand public est au bord de l'indigestion médiatique. La profession d'éditeur touche à sa fin, sauf peut-être pour la publication des mémoires des joueurs de football. L'éditeur aujourd'hui n'est plus qu'un financier qui refuse de prendre des risques. Ses possibilités d'évolution disparaissant, il va lui-même disparaitre. Bientôt il sera remplacé par des fonctions limitées et financées par l'écrivain qui a besoin de s'exprimer : 1) l'« accompagnateur de projet » qui gère l'angoisse de la page blanche de son auteur, ses blues périodiques (voir ses chagrins d'amour) et l'encourage à mener jusqu'à leur terme les projets entrepris à la manière d'un psy ou d'un coach sportif ; 2) le « correcteur de manuscrits » qui corrige votre texte et vous aide, par sa critique lucide, à faire le tri du bon et du moins bon. Il vous aide à jeter le mauvais, à conserver le bon, à récrire le moyen, à repositionner l'ensemble. 3) Le « formateur » qui aide l'écrivain à formater son livre en fonction du profil de ses destinataires. Si en effet de plus en plus de livres sont vendus, de moins en moins sont lus, faute de temps disponible et de concentration possible. Les livres de l'avenir seront donc des livres courts, fragmentés ou encore télescopables avec plusieurs niveau de zoom. On peut imaginer ainsi, pour un même livre, plusieurs niveaux de lecture : 1) La synthèse de la totalité du livre en quelques pages. Cette hyper-synthèse trouve sa place au commencement de l'ouvrage dans un format spécial de découpe, de papier ou de couleur de façon à être immédiatement accessible à ceux qui ne disposent que de quelques minutes. 2) Le résumé des chapitres, situé par exemple à la fin de chacun d'eux. Ce résumé doit, lui aussi, être aussi facile d'accès que possible. 3) Le livre proprement dit dans son format original non censuré et non tronqué. Ce texte est principalement destiné aux universitaires, aux retraités ou aux veuves surtout le dimanche après-midi l'hiver. 4) Les compléments du livre : textes complémentaires ou illustrations multimédias. Ces compléments peuvent être placés à la fin de chaque chapitre ou rassemblés en fin d'ouvrage ou encore faire l'objet d'un second livre consacré aux annexes ou enfin être accessibles par des liens internet. Ces compléments n'intéressent cette fois plus personne mais permettent à l'auteur de s'occuper au lieu de faire des bêtises. On peut également imaginer qu'un même livre puisse donner lieu à plusieurs éditions : une édition minimale limitée par exemples aux synthèses (1) et (2), une version complète payante, dite version « Pro » à la manière d'un logiciel, téléchargeable depuis internet en contrepartie d'un numéro de carte de crédit. L'avenir n'est donc pas à l'édition unique d'un produit au format Gutenberg, standard universel imposé à tous les livres par la logiques industrielle des chaînes d'impression et de distribution, mais à une multitude de « formatages » personnalisés, de microéditions uniques mais ultra-personnalisées en fonction de différents paramètres, parmi lesquels : 1) la taille du texte proprement dit en fonction des différents niveaux de zoom décrits précédemment ; 2) la mise en page, le format des pages, le choix du papier et donc le poids final du livre ; 3) la taille et la police des caractères pour compenser la presbytie d'une population toujours vieillissante ; 4) la langue de lecture, laquelle peut être distincte de la langue d'écriture grâce aux progrès des logiciels de traduction ; 5) le terminal de lecture sélectionné : imprimante, e-book, ordi, télé, objet nomade (IPhone, tablette etc.), radio, autoradio, prothèse auditive externe, implant cérébral. Dans cette optique, on peut se demander si une bonne partie de la valeur ajoutée d'un livre ne réside pas dorénavant dans la personnalisation de son formatage. Ce qui fait la qualité d'un vêtement, c'est moins l'étoffe que sa coupe parfaite, sa personnalisation par le tailleur.
|
Moi-même, j'ai aimé un article sur le site 24hgold.com que je viens d'ajouter à mon profil linkedIn. De ce fait, toutes mes relations pro peuvent avoir accés à cet article le lire & elle même le partager avec les siennes.
Amitiés,
Nicolas