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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

La vie privée, nouveau luxe [publié le 03 janvier 2011]

La notion de vie privée est en passe de devenir un terme en voie de disparition. Sur Internet tout est devenu visible. Il suffit aujourd'hui d'aller fouiller sur Internet, Google, Facebook, MySpace, etc., pour tout savoir ou à peu près tout sur son voisin : son historique, ses œuvres, ses fréquentations et même son casier judiciaire. La traçabilité opère dès que l'on utilise son mobile ou sa carte de crédit, dès qu'on connecte son ordinateur, dès qu'on pénètre dans un lieu public équipé de caméras de vidéosurveillance.

Bientôt des boîtes noires personnelles permettront de stocker en vidéo la vie réelle de chaque individu, seconde après seconde. Il sera également possible d'entrer dans les secrets de son génome ou de son métabolisme. Sa pression artérielle et son taux de glycémie seront en accès libre sur certains sites bien renseignés. Virtuellement, tout cela sera accessible aux hackers, aux voyeurs, aux dictateurs, aux compagnies d'assurance et à tous ceux qui s'ennuient le dimanche après-midi lorsqu'il pleut.

L'industrie du filtrage connaîtra vraisemblablement une prospérité remarquable car le domaine du secret ne disparaîtra pas : il deviendra un luxe que les très riches pourront s'offrir, un nouveau marché très juteux. On vendra demain du secret ou de la discrétion comme on vendait hier des cigarettes ou de la médiatisation. Lorsque l'info est bon marché, le prix du secret grimpe.

Une autre catégorie pourra également se soustraire à l'omni-surveillance : les rats, les petits dont l'existence n'intéresse personne, les sans-logis, les sans-papiers, les sans carte de crédit, les sans-amis, le peuple des errants qui se trimballent de ville en ville ou de pays en pays avec en poche quelques billets ou quelques pièces de monnaie, le peuple de ceux qui dorment sous les étoiles.

La vie privée va peu à peu devenir le luxe des très riches... ou des très pauvres.

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