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Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Des tulipes sur le toit : notre salut ? [publié le 31 janvier 2011]

Quoi de plus agréable qu'une brise fraîche au bord de l'eau après une journée de canicule ? Pourtant, à l'aune du changement climatique, cette brise fraîche pourrait bien devenir un luxe inaccessible à beaucoup. Et les choses ne sont pas près de s'arranger. Il faut s'attendre à un emballement prochain qui va donner au réchauffement des allures exponentielles. Le moteur principal, celui de l'accroissement du CO2 dans l'atmosphère, va en effet prochainement activer 3 moteurs secondaires, aujourd'hui encore éteints, qui vont brutalement accélérer les choses :

1/ La fonte des glaciers et des banquises, principalement au Groenland et au pôle Nord, baisse l'effet miroir de la Terre, ce qu'on appelle l'albédo, le réfléchissement-rejet de la lumière solaire dans l'espace.

2/ La fonte des sols gelés du permafrost de Sibérie ou du Grand Nord canadien libère dans l'atmosphère des nuages de méthane dont l'effet de serre est 22 000 fois supérieur à celui du CO2.

3/ L'augmentation de la teneur de l'atmosphère en vapeur d'eau, consécutive aux deux mécanismes précédents, contribue à son tour à augmenter l'effet de serre qui augmente à son tour les températures.

Parallèlement, 3 systèmes de régulation naturels vont cesser de jouer leur rôle :

1/ La forêt mondiale rétrécit chaque année au profit, par exemple, de champs de soja (au Brésil), de plantations de palme pour faire de l'huile (à Bornéo), du trafic de Coltan (en Afrique centrale) ou de constructions urbaines (partout dans le monde).

2/ La capacité de l'océan à absorber les surplus de CO2 contenus dans l'air est proche de la saturation. Une fois que l'eau d'Évian (plate) aura été transformée en eau de Badoit (avec des bulles) et que les océans ressembleront à des bouteilles d'Orangina, il n'y aura plus grand-chose à espérer de ce côté-là.

3/ On ne peut pas en demander toujours plus au plancton comme à n'importe quel contribuable français. Aujourd'hui il est proche de l'indigestion. Il ne parvient plus à jouer son rôle traditionnel de convertisseur du CO2 gazeux de l'air en molécules solides de calcaires cristallisées sous forme de mini coquillages. Après le réveillon, on a besoin de jeûner. C'est une question d'hygiène et d'équilibre, même si le ramadan du plancton n'est pas pour notre espèce du meilleur augure.

La grande incertitude est celle du timing. On ne sait pas exactement à quel moment les 3 moteurs complémentaires vont s'allumer ni à quel moment les 3 systèmes de régulation naturels vont se mettre en grève. Si ces 6 mécanismes s'emballent à peu près simultanément, on peut s'attendre à un joyeux feu d'artifice.

Les Terriens ne disparaîtront sans doute pas subitement d'un coup de baguette magique. Même si la température moyenne de la planète, qui est aujourd'hui de 15 degrés, passait à 35 dans quelques siècles, il resterait sans doute quelques survivants. Certes il faut s'attendre à des péripéties, à des famines, à des invasions barbares depuis les tropiques en direction des pôles, à quelques milliards de contribuables en moins. Mais notre espèce est ingénieuse. Elle sera sans doute capable de fabriquer aux pôles des arches de Noé qui fonctionneront comme des congélateurs en attendant la prochaine glaciation qui devrait améliorer sensiblement les choses.

En attendant cette échéance, il devrait vous être possible d'adoucir le sort de notre espèce en pratiquant une multitude de gestes simples, comme éteindre l'abat-jour inutilisé de votre salon, préférer le sucre en vrac au sucre emballé ou éviter de tirer la chasse d'eau après un petit pipi. On peut aussi accessoirement recapturer le CO2 en connectant les tuyaux d'échappement des centrales à charbon à ses sarcophages souterrains.

L'idéal serait bien sûr d'améliorer cette méthode afin de reconvertir le gaz émis sous une forme solide. Il serait alors bien plus facile de stocker les déchets durablement en toute sécurité. Or la technique existe déjà, brevetée par la Nature depuis quatre milliards d'années puisqu'il s'agit de la photosynthèse. La chlorophylle est non seulement capable de matérialiser le CO2 sous forme d'algues, d'arbres ou de fleurs mais la végétation ainsi produite se mettra à son tour à faire le même travail dans une logique exponentielle vertueuse capable de contrebalancer les exponentielles d'amplification décrites précédemment.

Il suffirait donc pour sauvegarder l'espèce humaine, de planter (en nombre suffisant) des pots de fleurs en haut des cheminées. On peut imaginer ainsi des champs de tulipes recouvrant le toit des immeubles ou des usines. Les tuyaux d'échappement des automobiles pourraient dans cet esprit être redirigés vers l'intérieur d'un coffre équipé non de batteries ion-lithium mais de plantations de géraniums que les automobilistes pourraient revendre dans les stations-service en contrepartie d'un peu d'essence. Inconvénient : le cours du géranium pourrait fort bien plonger en raison de l'offre pléthorique et de l'effondrement d'une demande écœurée par une indigestion de parfum.

Les pessimistes objecteront que jamais toute cette industrie fleuriste ne pourra absorber l'ensemble du CO2 produit par l'industrie et les ménages. Les optimistes contre-objecteront qu'on pourra horizontaliser les cheminées afin de les convertir en gazoducs orientés vers des serres gigantesques où l'on installera des oasis de forêt tropicale, très efficaces pour transformer le CO2 en oxygène. Pour éviter que ces serres n'explosent sous l'effet du gonflement botanique à la façon d'un soufflet au fromage, on veillera à y introduire de nombreux herbivores comme on assaisonne la salade avec des petits lardons. Et pour éviter l'inflation des herbivores, on introduira même quelques carnivores comme des tigres ou des jaguars. Ne reste ainsi que la question de la régulation des carnivores. On la solutionnera aisément en introduisant dans nos bulles tropicales quelques spécimens humains qui se chargeront également de s'éliminer entre eux. Il n'y aura même pas à les former pour cette mission : le savoir-faire est ici 100 % naturel.

 

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