Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
Un enfant, seulement, si je le veux bien [publié le 14 mars 2011]
Et si le problème central de notre époque était celui du trop-plein démographique ? La question de la pauvreté en Afrique résulte par exemple d'un rapport découplé entre une manne économique (le PNB) qui progresse de manière arithmétique (1, 2, 3, 4, etc.) et d'une population qui croît de façon géométrique (2, 4, 8, 16, etc.). Les menaces économiques sont nombreuses : pollution, changement climatique, flambée du pétrole, raréfaction des réserves d'eau douce. Elles ont toutes cependant une origine commune : une population mondiale qui ne cesse d'augmenter. Plus il y a d'humains, plus il y a de déchets ; plus les besoins en énergie, en nourriture ou en eau douce sont importants, plus la planète chauffe. Les guerres et les conflits résultent bien souvent de la contradiction entre un accroissement de population et une diminution relative des ressources. La guerre au Darfour préfigure ainsi ce que seront les guerres climatiques. Qu'il s'agisse de guerre, d'écologie ou d'économie, l'explosion démographique est toujours impliquée. Pour la plupart, les démographes annoncent une population de 9 milliards aux alentours de 2050. Mais ils peuvent se tromper et la population peut tendre vers les 15 milliards. Avec une eau potable plus rare, des terres en désertification ou simplement ruinées par un siècle d'engrais et d'agriculture intensive, la contradiction peut être accentuée. L'Afrique, en particulier, est possiblement une bombe. Sa population pourrait doubler ou tripler d'ici 2050, sur la plus menacée des terres par le changement climatique et la raréfaction de l'eau potable. Le temps est donc venu pour vous de dénoncer le plus grand tabou de notre temps et de remettre tout simplement en cause le droit « naturel » de chaque être humain à se reproduire sans limite. Lorsque le canot de sauvetage est plein et que la survie de tous est menacée, il faut avoir le courage, sinon de jeter certains par-dessus bord, au moins de décourager la reproduction à l'intérieur de la barque. Les solutions ne manquent pas. Il y a bien sûr la contraception gratuite, à commencer par le préservatif, mais il y a aussi la suppression progressive des allocations familiales, voire une augmentation de l'impôt sur le revenu en fonction du nombre d'enfants (alors que c'est justement l'inverse qui souvent se pratique aujourd'hui). Dans un monde idéal, la perspective globale pourrait être inversée : la non-reproduction devient la norme culturelle, sauf si des pré-requis sont assurés, comme l'éducation, la nutrition ou la santé future des enfants. Pas d'enfant sans dotation d'assurance-vie au préalable. L'outil technique le plus efficace réside peut-être dans l'implant contraceptif. Ce bâtonnet fin d'environ 4 cm de long sur 2 mm de diamètre est implanté dans la partie interne du bras de la patiente (ou du patient peut-être un jour). Cet acte chirurgical est actif au bout de 24 heures. Sa durée actuelle est au maximum de 3 ans, mais elle pourrait être prolongée dans l'avenir. Il est de toute façon possible de le remplacer ou de le retirer avant cette échéance et le cycle hormonal reprend alors son cours naturel en quelques semaines. Pendant l'implantation, une hormone nommée étonogestrel bloque l'ovulation et protège contre l'oubli de la pilule ou les difficultés d'approvisionnement régulier. Une politique contraceptive mondiale pourrait ainsi être couplée à une politique mondiale de lutte contre l'illettrisme (quand le niveau d'éducation des femmes s'élève, la population décroît mécaniquement). Pour que cela aboutisse, il faudrait une organisation mondiale associée à un fonds mondial de stabilisation démographique. Ce fonds pourrait être alimenté par un impôt au second degré financé par chacun des États. Sa collecte se ferait donc au niveau national ou local tandis que le contrôle de sa redistribution se ferait au niveau international, ce qui suppose, une fois encore, un embryon de gouvernance universelle. La plupart des contrariétés actuelles de notre espèce ne viennent-elles pas des frontières politiques, complètement dépassées, qui ne sont plus du tout en phase avec le nouveau paradigme naturel et culturel ?
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