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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

L'art de vider ses poubelles [publié le 04 avril 2011]

Le terme "déchets" existe encore. Il est coriace. Il va durer encore quelques décennies, quelques siècles peut-être, même s'il est, lui aussi, condamné. Car la poubelle est presque pleine.

Avec la croissance économique et démographique, le stockage est devenu intenable. Chaque Français produit près de 400 kilos de déchets par an. Si la population s'approche de 10 milliards et si chaque Terrien se comporte alors comme un Français, on atteindra les 4 000 milliards de déchets chaque année dont seule une petite partie aujourd'hui est recyclée et uniquement dans les pays très riches. À l'inverse, des pays pauvres sont en train de devenir de véritables « pays-poubelles », comme le Nigeria qui s'est spécialisé dans la récupération des carcasses de vieux ordinateurs ou le Nord de la Sibérie qui entrepose (peut-être à ciel ouvert, personne ne sait très bien) les déchets nucléaires issus des centrales françaises.

La solution ne peut donc passer que par des normes internationales contrôlées par des organismes internationaux ou par un embryon de gouvernement universel.

On peut ainsi imaginer une universalisation du principe de la « bouteille consignée ». Le principe est radical : faire payer les pollueurs, faire de la pollution un produit marchand. Étendu à d'autres produits, on pourrait généraliser le principe de la caution à tous les emballages, à toutes les matières premières. Cette caution n'est récupérée qu'au retour de l'emballage, des composants ou de la machine usagée (ordinateur, électroménager, véhicule) au centre de récupération agréé.

Le principe de la bouteille consignée peut être amélioré en ajoutant au prix des produits vendus l'intégralité de leurs frais de récupération et de recyclage. Il y aurait ainsi une « taxe recyclage » comme il y a une taxe CO2 ou une TVA. Cette taxe pourrait être mise en évidence par la couleur verte sur les étiquettes de manière à faciliter la réflexion (et l'éducation) des consommateurs. Au fil du temps, on assistera non seulement au retour des bouteilles de lait consignées mais également à l'introduction croissante de matériaux biodégradables dans les produits industriels, les bâtiments, les véhicules mais également dans des œuvres d'art d'un genre nouveau.

Les déchets pourraient ainsi peu à peu disparaître eux aussi au profit de matériaux en cours de transformation.

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