Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
Du vêtement et de la permanence universelle du mouvement [publié le 11 avril 2011]
Le vêtement, terre d'accueil de tous les conformismes, est lui-même sujet à de multiples préjugés : 1/ Il faut nécessairement soustraire constamment le corps humain au regard des autres humains ; 2/ Il faut nécessairement protéger constamment le corps humain des intempéries climatiques ; 3/ Un vêtement ne peut servir à rien d'autre qu'à protéger le corps humain du regard des autres ou des intempéries ; 4/ On ne peut protéger ou cacher le corps humain que par des pièces de tissu ; 5/ Un vêtement a une durée de vie limitée à l'issue de laquelle il faudra le jeter pour en acheter un autre. Chacun de ces préjugés peut être remis en cause, surtout si l'on se place dans ce qui caractérise principalement le contexte en émergence : la permanence universelle du mouvement. 1/ Une mode de l'authenticité peut supposer des vêtements invisibles ; 2/ Le réchauffement climatique va demander des vêtements moins chauds, moins lourds, moins encombrants ; 3/ Un vêtement peut au-delà de ses fonctions d'abri être aussi une armoire, un habitat, une roulotte dans lesquels un nomade transporte tout ce dont il a besoin ; 4/ On peut protéger un corps humain des intempéries autrement que par du tissu, par exemple par des ondes ; 5/ La notion de vêtement objet jetable peut devenir un jour obsolète au profit d'un habit permanent capable de se régénérer. Les vêtements nomades devront d'abord faciliter la mobilité. Les costumes d'Afrique ou d'Asie (comme le sari) finiront peut-être par s'imposer mondialement autant par leur beauté colorée que par leur commodité en termes de mouvement. Votre vêtement autour de 2050 devra être aussi climatisé, capable de vous rafraîchir ou de vous réchauffer en fonction de la température ou de votre caprice personnel. Votre incessant mouvement et votre ubiquité nomade exigeront qu'il intègre des terminaux de communication. Optionnellement, votre enveloppe pourra enfin contenir des vitamines, excitants, somnifères, calmants, médicaments et vous les injecter avant même que vous ne vous en rendiez compte. Le must serait peut-être de disposer d'un vêtement vivant mi-végétal, mi-animal, une tunique biologique donnée une fois pour toute à la naissance pour grandir en symbiose avec vous, s'adapter de façon souple aux caprices de votre humeur et réagir à votre état de santé. Il n'y aurait ainsi plus de nécessité de renouveler plusieurs centaines de fois vos vêtements tout au long de la vie puisque votre tunique deviendrait évolutive et capable d'autoréparation. Elle vous protégerait en outre contre la solitude en vous chantant le soir les berceuses qui vous font dormir. À la fois vêtement, maison portative à la façon d'une coquille d'escargot, téléphone-ordinateur et compagne de toute une vie, elle devient comme une ombre discrète. Quelle perte si un jour vous l'égarez au vestiaire de la piscine municipale !
|