Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
Votre position sur l'échiquier [publié le 23 mai 2011]
Avec le temps qui passe, les différences s'estompent entre les hommes et les femmes. Les femmes sont de plus en plus viriles au travail tandis que les hommes s'acquittent toujours mieux des tâches ménagères. Les différences de cultures ou de couleur de peau tendent elles aussi à se réduire avec le métissage et les migrations provoquées par les bouleversements climatiques à venir. La mondialisation uniformise les styles de vie : à chaque ville sa pizzeria, sa crêperie bretonne et son bar à sushis. L'impératif industriel de la standardisation fait que le même véhicule ou le même parfum sont commercialisés dans le monde entier. La vogue des chaînes internationales d'une marque donnent à tous les quartiers des airs de déjà-vu. Tous les hommes se ressembleront-ils ? Toutes les villes se ressembleront-elles ? Il est possible qu'à l'avenir la seule différence sérieuse soit celle qui différencie le riche (ou plutôt l'hyper-riche) du pauvre (ou plutôt l'hyper-pauvre). Ils n'habiteront pas les mêmes quartiers (pourtant ils cohabitent bizarrement toujours dans les mêmes villes). Ils ne mangeront pas les mêmes plats (ils consommeront pourtant chaque jour à peu près le même nombre de calories). Ils n'utiliseront pas exactement les même mots pour faire leurs déclarations d'amour (ils auront pourtant le même besoin d'aimer et d'être aimé). En vérité, leur seule différence résidera dans leur localisation : l'un bénéficiera d'une rente de position, localisé au centre d'une capitale, d'un réseau, d'un savoir, d'un projet collectif. L'autre sera périphérique, marginalisé, bidonvillisé. Sur l'échiquier, la valeur absolue d'une pièce compte moins que sa position vis-à-vis des autres pièces, son pouvoir de nuisance est relatif. Il y a des pions bien situés qui sont plus redoutables que des reines.
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