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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Le marché de la simplicité [publié le 25 juillet 2011]

Quand vous étiez enfant, il y avait toujours moyen de trouver des explications simples aux choses. Vous pouviez expliquer une crise économique par l'augmentation du prix du pétrole, ou la dépression de votre pauvre tante par l'abandon de l'amour de sa vie. Il était encore possible d'aller prendre un café sans sucre et sans goût de vanille ajoutée, d'acheter un simple bifteck chez le boucher du coin ou de faire des études d'anglais pour devenir professeur d'anglais.

Dans le nouveau monde, la complication universelle est devenue la norme. Tout est en effet lié à tout. Les innombrables liens des innombrables sites web ont créé une forêt tropicale aux lianes chevelues. Le moindre de vos mouvements est connu de Google ou de Facebook qui répercutent l'information à tous les autres Terriens. Il n'est plus possible d'acheter des œufs sur Hourra.com sans déclarer son numéro de carte de crédit à 12 chiffres augmenté de son code confidentiel et de recevoir toutes les semaines une newsletter déterminée à rendre votre numéro client actif, c'est-à-dire à vous rendre captif.

La simplicité devient donc peu à peu un produit de luxe, réservé aux initiés, à une élite ou aux vacances. À quand la ferme française, reconstituée dans un sous-sol de Las Vegas ou de Dubaï, où il est possible de n'acheter qu'un œuf ou un yaourt non aromatisé ? À quand des marchands de sieste pour vous vendre à prix d'or la possibilité de passer deux heures dans un fauteuil sans votre téléphone ? Depuis longtemps déjà, il n'y a pas, au Japon, de plus grand raffinement, que de passer deux heures assis silencieusement au bord d'un petit jardin à contempler un gros caillou. Une chaîne internationale de magasins japonais, « Muji », a d'ores et déjà pour stratégie de commercialiser des produits simples sans chichis : de la sobriété dans le design, de la fonctionnalité basique dénuée de marque ou d'emballage sophistiqué, du non-choix dans les rayons où l'on ne trouve par exemple qu'une seule sorte de peigne ou de paire de ciseaux.

La simplicité devient évidemment une question d'hygiène et de lutte contre la folie. La complexité ne peut pas impunément doubler de taille tous les cinq ans à la façon d'un nénuphar sans créer de grandes perturbations écologiques. Il y aura demain des cures de simplicité comme il y avait jadis des cures d'amaigrissement pour les obèses. Les prescriptions des médecins se multiplieront dans un courant de mode. Les organismes de formation s'y mettront à leur tour. On peut imaginer en deux modules de deux jours une formation appliquée à la prise de soleil, alternant les apports théoriques et les mises en application sur le terrain consistant à se tourner les pouces (cent fois dans le sens des aiguilles d'une montre, cent fois dans le sens inverse), assis sur le bord d'un trottoir. Reste à savoir si l'administration sera d'accord pour prendre en charge ce type de « formation qualifiante ».

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