Dictionnaire des mots en voie de disparition Ce « dictionnaire » explore toutes les pistes de la métamorphose économique, écologique... et idéologique que nous sommes en train de vivre en direct.
Découvrez la face cachée de votre personnalité Un catalogue, non exhaustif, des façons de devenir soi-même et d'évoluer sans cesse tout en restant fidèle à ce que l'on est.
L’art de démotiver ses collaborateurs et de saborder son entreprise Une boussole pour les dirigeants… déboussolés par la perte de leur joie de vivre ou du sens de leur fonction
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
La fin du travail [publié le 15 août 2011]
Aujourd'hui, tout le monde veut un emploi : c'est une situation inédite dans l'Histoire. Le travail est en passe de devenir le produit de consommation le plus recherché au monde. C'est qu'il est devenu pour beaucoup à la fois le ticket d'entrée à tout (consommation, reconnaissance et connaissances) et une denrée de plus en plus rare, un gâteau toujours plus petit à partager entre toujours plus de convives. Si l'on tient compte du temps passé en retraite et en formation (y compris dans l'enfance), on ne travaille plus aujourd'hui en France que 10 % environ de son temps de veille contre 70 % au milieu du xixe siècle. Le reste du temps se consacre aujourd'hui aux loisirs ou à la consommation. L'activité professionnelle, devenue à la fois plus formelle, plus indispensable et plus rare que jamais, est devenue un idéal, le rêve auquel chacun aspire.
Ce paradoxe engendre bien des (r)évolutions. Partout les anciens cloisonnements s'estompent. Le travail à temps plein disparaît au profit du travail à temps partiel ou fragmenté. Le travail salarié est remplacé de plus en plus par des activités de consultant indépendant. En 2011, moins d'un travail sur 4 est à pourvoir dans le format « normal » du CDI : le reste se partage entre le CDD, l'intérim, le portage, le freelance et le travail indépendant (parfois masqué pudiquement sous le vocable respectable d'auto-entrepreneur). La notion d'emploi salarié (au singulier) est en train de céder la place à celle d'activités indépendantes (au pluriel) qui se regroupent au sein d'un portefeuille d'activités.
Autre changement : dans tous les pays occidentaux le travail à domicile se développe. Le samedi soir, les appartements des capitales se transforment en galeries de peinture, en salles de conférence, en boutiques-dégustation de vin. Les « soirées » deviennent indirectement payantes par de mini-spectacles ou les emplettes qu'elles proposent.
Autre changement : le produit compte plus que le travail qui le produit. Ce qui importe véritablement, c'est l'originalité, la pertinence, la flexibilité, non pas la quantité de travail fourni. Tout notre imaginaire occidental de la culture professionnelle (cœur de métier établi, formation cohérente, retraite garantie, employeur unique et permanent, lieu de travail attribué, horaires clarifiés, conditions de rémunérations transparentes) est en train de s'évaporer gentiment au profit du seul résultat effectif obtenu.
Les vieilles frontières disparaissent donc entre le travail, les loisirs, la formation et la consommation qui s'entrelacent dorénavant la semaine et le week-end et tout au long de la vie, au point qu'il est de plus en plus difficile, voire impossible, de définir et de délimiter la notion même de travail. Qu'est-ce que du travail ? Produire une activité marchande ? La formation, les charges familiales, les activités bénévoles ne sont-elles pas un travail ? Obtenir un résultat vendable ? On peut donc travailler en se contentant de profiter d'une rente ? Qui décide ?
Un mot qu'on ne peut plus définir a-t-il encore une raison d'être ?