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Institut François Bocquet

Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field
Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011

Apprendre à dire "No" [publié le 26 septembre 2011]

L'école fut longtemps un lieu où il fallait « obtempérer », c'est-à-dire hocher la tête dans un sens vertical. Les entreprises d'hier étaient en effet construites sur le modèle des machines qu'on rencontrait dans les usines. Les salariés d'une organisation étaient supposés se comporter d'une façon standardisée, répétitive, tout au long de leur vie, avec des conditions de travail définies par écrit, à l'intérieur d'un CDI qui explicitait une fois pour toutes une durée du travail, des horaires de travail, un lieu de travail, une qualification, une position dans l'organigramme, etc. Il fallait donc à cette époque que l'école fonctionnât comme une usine et fabriquât des collaborateurs interchangeables comme des pièces industrielles, qu'il n'y aurait plus ensuite qu'à insérer à l'intérieur de définitions de postes établies par une GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences). Pas d'autres moyens de protester en entreprise que par la grève, à l'école que par de l'indiscipline, immédiatement dénoncée par les médias.

Il se trouve que les entreprises de demain ne ressembleront plus à des machines mais à des êtres vivants. Comme un être vivant, l'entreprise du futur devra se réinventer en permanence pour s'adapter en permanence à un environnement flottant, imprévisible et incertain qui ne présentera d'autres certitudes que son extrême incertitude. La suppression des frontières, l'effacement de la notion d'État et l'accélération du temps induites par la mise au point du microprocesseur optique ne laisseront plus guère de place à la prédétermination.

Or, on ne peut se reconstruire qu'en se déconstruisant. C'est en se défaisant que l'on se fait. C'est par la remise en cause maladive de son propre fonctionnement qu'une entreprise, comme un individu, peut espérer suivre le mouvement de son environnement tourbillonnant. Ce n'est donc plus à dire « Yes » que l'école du futur doit former. Les écoles du futur seront des écoles de la désobéissance.

Cela pourrait demander quelques adaptations. On pourrait par exemple imaginer que les collèges et lycées du Futur, à l'instar des entreprises du Futur, fussent dématérialisés. Ils pourraient alors être remplacés par une collection de services éducatifs complémentaires : espaces protégés (à la manière des campus américains), boutiques formations animées par des experts, salles pour se réunir autour de projets collectifs sous les conseils de professionnels expérimentés, domicile personnels des éducateurs qui reçoivent individuellement leurs élèves (comme aujourd'hui les psys et quelquefois les coaches), afin de les aiguiller dans les labyrinthes du savoir, isoloirs déconnectés de tout, même d'Internet, pour pouvoir enfin se concentrer et se recentrer sur l'essentiel : le travail personnel et le pouvoir de dire « No ».

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