Interview de François Bocquet sur LCI par Michel Field - 17/20 du 15 mars 2011
La relocalisation conviviale [publié le 26 décembre 2011]
La mondialisation, en tous cas telle que nous la connaissons, ne pourra pas continuer indéfiniment, du moins sous sa forme actuelle. Si la multiplication des échanges sur internet va se poursuivre encore longtemps, la réduction des réserves d'énergie fossiles imposera peu à peu une réduction des transports internationaux des personnes et des marchandises. Les charters low cost et l'approvisionnement régulier des grandes surfaces en ananas Victoria seront bientôt moins faciles. Il va falloir se remettre - comme l'Humanité l'a fait déjà tout au long de son histoire - à consommer local, à se débrouiller avec ce qu'on a. C'est le retour prévu des marchés de village, achalandés de produits locaux. Les bâtiments à énergie positive S'il sera toujours possible de trouver ses idées au bout du monde, il va falloir songer à s'approvisionner en matières premières localement. Les domiciles « à énergie positive » vont se développer. Ils seront capables de fabriquer une partie leur propre énergie avec des éoliennes, des moulins à eaux, des puits canadiens ou des panneaux solaires. Ils seront également outillés pour la stocker au moyen par exemple de ballons d'eau chaude ou de mini châteaux d'eau. Enfin leurs habitants sauront, comme il y a deux ou trois générations, produire eux même une partie de leurs aliments dans un verger, un potager enrichi par un compost ou l'élevage de quelques animaux. Les solidarités locales Cette autarcie énergétique, alimentaire et matérielle sera souvent complétée par une autonomie plus grande dans les échanges. Les grandes métropoles, où chacun dépend de tous pour tout, vont peu à peu se dépeupler au profit de vastes propriétés disséminées dans la campagne, dans la montagne, dans des endroits parfois perdus. Ces ensembles familiaux, multifamiliaux, professionnels ou les trois à la fois ressembleront peut être aux villas gallo romaines d'autrefois, mais équipées d'un appareil de communication sophistiqué qui les connectera en permanence. Les adultes y seront, par la force des choses, non seulement des parents mais aussi des patrons et quelque part des professeurs, faisant apparaitre à travers la norme du PPP (Parent Patron Professeur) un retour à peine masqué du dominus latin. L'adaptation à l'environnement local imposera le retour des solidarités locales, un peu comme autrefois dans les villages. Il y aura de temps en temps des fêtes villageoises. Les AMAP préfigurent peut être un peu cette culture de l'échange local combiné de marchandises, d'informations et de convivialité. Les relations impersonnelles des grandes villes s'effacent dans ce système au profit d'échanges plus personnalisés. La formation centrée sur la personne Le système éducatif actuel, centralisé, standardisé, industriel, impersonnel, devra faire lui aussi sa révolution. Relocalisé lui aussi, il deviendra naturellement plus convivial, plus individualisé, plus centré sur l'élève et sur ses besoins spécifiques. On peut ainsi imaginer une alternative à l'Education Nationale dans un système de formation multimodal où se complètent avec intelligence :
- Des programmes proposés par l'Etat national, continental ou mondial.
- Des organismes de mesure des savoir-faire contrôlés eux aussi par les états.
- Des « boutiques du savoir » animées localement par des experts ou des professionnels
- Des trocs de savoir faire ou les élèves, qui ne sont plus uniquement des enfants ou des jeunes, échangent le meilleur de leurs expertises réciproques.
- Du temps d'isolement pour la lecture (des livres de papiers ou des encyclopédies Wiki en ligne)
- Du temps pour construire en équipe des services utiles. La sociabilité perdue des cours d'école peut en effet se remplacer avantageusement par des expériences de projets réussis par des équipes de jeunes motivés.
- Des rendez-vous périodique avec un « coach » centré sur la personne du jeune (ou du moins jeune) et ses mécanismes d'apprentissage spécifiques.


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